On connaît la chanson. Vous êtes entrepreneur. Votre startup, c’est votre « bébé ». Vous la nourrissez de vos nuits blanches, vous la couvez de vos angoisses financières et vous changez ses « couches » stratégiques quand le marché fait une crise. Mignon. Vraiment. Mais que se passe-t-il quand un VRAI bébé débarque? Un petit être qui, lui, se fiche royalement de votre P&L, mais qui a une capacité surhumaine à régurgiter sur votre seul complet propre juste avant un pitch?
C’est le « big bang » identitaire que nous avons exploré dans notre plus récent épisode de Les Dérangeants avec la conseillère d’orientation et auteure
Marylise Champagne, Fondatrice de Dix Mille Matins, dont le livre s’intitule, à juste titre, « Maman travaille là-dessus ». Attachez vos tuques (et vérifiez qu’il n’y a pas de purée de carottes dessus), on plonge dans le chaos glorieux de la parentalité entrepreneuriale.
Vous vous souvenez de l’adolescence? Cette période géniale où votre identité était aussi stable qu’un château de cartes dans un ouragan et où vous changiez d’avis comme de t-shirt de band? Eh bien, dites bonjour à la matrescence, un terme encore méconnu qui décrit la transition psychologique et identitaire vécue par une femme lorsqu’elle devient mère. En gros, quand un enfant naît, une mère naît aussi.
Le hic? Cette deuxième puberté peut durer en moyenne… deux ans et demi. Oui, vous avez bien lu. Deux ans et demi de flou identitaire, de remise en question de vos valeurs et de vos besoins, pendant que vous essayez de vous rappeler si vous avez brossé vos dents ce matin ET de garder votre entreprise à flot. Ça explique soudainement pourquoi cette job en marketing qui vous passionnait tant a maintenant l’air aussi futile que d’essayer de raisonner un enfant de deux ans.
On est bombardés d’images de la « superwoman » entrepreneuriale : elle lève 5 millions de dollars le lundi, accouche le mardi, et présente un TED Talk le mercredi, tout ça avec un chignon parfait et sans une seule tache sur son blazer blanc.
La réalité? Vous essayez de participer à une réunion Zoom en priant pour que personne n’entende Peppa Pig en arrière-plan. Comme le dit si bien notre animatrice Élisabeth Abbatiello, l’idée de travailler quand le bébé dort est une douce utopie. Car quand le bébé dort, il y a aussi la vaisselle, les impôts, et votre santé mentale qui réclament votre attention.
Le vrai super-pouvoir, ce n’est pas de tout faire, mais de choisir ce qui ne sera pas parfait. C’est de redéfinir le succès. Pour certains, c’est de bâtir une équipe si solide qu’on peut prendre trois semaines de vacances. Pour d’autres, c’est de partir du bureau à 15h pour éviter la cohue du service de garde, quitte à se reconnecter le soir.
La bonne nouvelle dans tout ça? La parentalité est le camp d’entraînement le plus intense (et le plus cher) que vous n’aurez jamais. Vous pensiez être bon en gestion de projet? Essayez de négocier la sortie de la maison avec un tout-petit. Vous devenez un maître de l’efficacité et de l’optimisation, non par choix, mais par survie.
Étienne, notre animateur, l’a appris à la dure : le matin, c’est pour les tâches qui demandent un cerveau (rédaction, stratégie). L’après-midi, c’est pour les tâches qui peuvent être faites en pilote automatique (scanner des documents, vider les courriels). Gérer son énergie devient plus crucial que gérer son temps. Toutes ces compétences sont directement transférables à votre entreprise. Vous ne devenez pas un moins bon entrepreneur; vous devenez un entrepreneur différent, souvent plus affûté.
Alors, comment on survit? En faisant une pause pour se retrouver. La parentalité force une introspection brutale. L’outil ultime de Marylise Champagne? L’agenda. Regardez votre agenda. Est-ce qu’il reflète vraiment vos priorités?
C’est le moment de trouver votre « X », votre
L’Ikigai personnel et professionnel. Cela passe par la connaissance de soi : vos valeurs, vos besoins, le type de vie que vous voulez mener. Ce n’est pas de renoncer à l’ambition, mais de la rediriger. Peut-être que les 5 à 7 ne sont plus votre tasse de thé. Comment créer des liens autrement? C’est ça, innover pour soi-même.
En fin de compte, la parentalité n’est pas une parenthèse qui met votre carrière sur pause. C’est un catalyseur. Une occasion en or de déconstruire ce que vous pensiez savoir sur vous-même et de rebâtir une vie professionnelle et personnelle plus alignée, plus intentionnelle et, avouons-le, beaucoup plus intéressante.
Alors, futurs et actuels parents entrepreneurs, soyez bienveillants avec vous-mêmes. C’est normal de perdre son X. C’est même une chance de le retrouver, ou d’en dessiner un tout nouveau.
Pour creuser le sujet, écoutez l’épisode complet et découvrez le livre de Marylise Champagne, « Maman travaille là-dessus ».