ÉPISODE 41

29 Juil 2025

#162 – BioIntelligence Technologies | Voir clair dans la fermentation

BioIntelligence Technologies : quand la science devient visible

Dans ce nouvel épisode des Dérangeants, produit en collaboration avec QuébecTech, Étienne Crevier reçoit Joël Sirois, fondateur de BioIntelligence Technologies — une startup québécoise qui fait le pont entre la biologie et l’intelligence artificielle.

Leur mission ? Rendre visibles les réactions chimiques et biologiques qui mijotent dans les cuves de fermentation des biotech, un monde invisible mais crucial pour la production de médicaments, de biocarburants ou encore de produits alimentaires fermentés.
C’est un épisode où la science rencontre le vrai monde, où l’innovation n’a rien de théorique — et où la biointelligence devient un moteur concret de transformation industrielle.


Rendre le vivant compréhensible

Dans les usines biotechnologiques, chaque cuve de fermentation est un petit univers vivant.
À l’intérieur, des micro-organismes travaillent, transforment, réagissent… mais jusqu’à récemment, personne ne pouvait réellement voir ni mesurer ce qui s’y passait en temps réel.
C’est ce défi que Joël Sirois et son équipe ont choisi de relever.

BioIntelligence Technologies développe une plateforme qui combine capteurs, intelligence artificielle et modélisation biologique pour visualiser et prédire les réactions chimiques dans les bioréacteurs.
Leur promesse : réduire les pertes, augmenter la qualité et accélérer les cycles de production.

« Ce qu’on fait, c’est donner des yeux à la biotechnologie », résume Joël Sirois.


Innover dans un monde de contraintes

Si le concept semble brillant, sa mise en œuvre est tout sauf simple.
Créer une startup dans le domaine scientifique, c’est jongler entre la recherche, la validation industrielle et… les délais administratifs.
Entre les tests en laboratoire, les subventions à remplir et les cycles de certification, le temps et le cash fondent plus vite que le sucre dans l’eau.

Joël raconte sans filtre la réalité de cette aventure : convaincre des partenaires industriels avec un prototype parfois encore virtuel, gérer la complexité du financement deeptech au Québec et faire comprendre que l’innovation, ce n’est pas une thèse, c’est une solution qui marche.

« En science, tu passes ta vie à prouver que t’as raison. En startup, tu dois juste prouver que ça fonctionne. »


La dure réalité des startups scientifiques

Ce n’est pas un secret : bâtir une entreprise deeptech prend plus de temps, coûte plus cher et exige une patience presque inhumaine.
Joël évoque le décalage entre le rythme académique et celui du marché, cette tension entre rigueur scientifique et agilité entrepreneuriale.
Dans son cas, l’équation est claire : pour survivre, il faut vendre avant d’avoir tout validé, tout publié, tout perfectionné.

C’est ce qu’il appelle la « vente de promesse crédible » — une manière élégante de dire qu’il faut apprendre à pitcher une vision sans perdre la confiance des clients.


Entre science et business : l’équilibre à trouver

BioIntelligence navigue entre deux mondes souvent opposés : celui de la recherche et celui de l’industrie.
Mais c’est aussi ce qui fait sa force. En combinant la rigueur scientifique à la rapidité de la startup, Joël et son équipe réussissent à créer des ponts entre chercheurs, ingénieurs et producteurs.

Leur technologie attire maintenant l’attention des grands acteurs de la bioéconomie, des entreprises pharmaceutiques aux fabricants d’aliments fermentés, en passant par les producteurs d’énergie verte.

« L’avenir de la biotech passe par la visibilité. Si tu ne peux pas mesurer le vivant, tu ne peux pas le maîtriser. »


Innover au Québec, sans s’enfarger dans la paperasse

L’épisode aborde aussi un sujet sensible : comment faire avancer l’innovation au Québec sans étouffer les entrepreneurs sous la bureaucratie et la prudence.
Joël Sirois lance un appel clair : il faut oser financer le risque, valoriser les projets industriels concrets, et accepter que la recherche appliquée ait autant de valeur que la recherche fondamentale.

Étienne et lui en profitent pour poser une question dérangeante :
et si le Québec misait enfin sur la biointelligence comme moteur d’innovation économique?


Une conversation bio, brute et inspirante

C’est un épisode qui sent la sueur des labos, le stress des levées de fonds et la passion brute pour la science utile.
Entre humour, réalisme et ambition, Joël Sirois rappelle qu’innover, c’est avant tout oser rendre concret ce qui semblait invisible.

Dérangeants participants