Dans cet épisode des Dérangeants, Étienne Crevier et Dominique Gagnon s’attaquent à un débat intemporel : peut-on vraiment enseigner l’entrepreneuriat?
En direct des nouveaux bureaux de l’ACET à Montréal, ils reçoivent Michel Fortin, directeur général de l’École des entrepreneurs du Québec (ÉEQ), et Tracy-Anne Power, directrice générale adjointe. Ensemble, ils revisitent 40 ans d’histoire, de passion et de pédagogie entrepreneuriale, avec un mélange de lucidité et d’humour typiquement dérangeant.
Fondée sur les cendres du SAGE, le Service d’aide aux jeunes entrepreneurs, l’ÉEQ est née d’une idée simple : aider les gens à créer leur propre emploi quand il n’y en avait plus.
Quarante ans plus tard, l’école est devenue un pilier de l’écosystème entrepreneurial québécois, avec des milliers d’entrepreneurs formés, coachés et soutenus chaque année.
Michel Fortin, qui a lui-même vécu les hauts et les bas de la vie d’entrepreneur, raconte comment l’organisation est passée d’un programme administratif rigide à une école centrée sur l’humain et la pratique, où chaque parcours est personnalisé.
« On ne crée pas des entrepreneurs, on les aide à se développer. » — Michel Fortin
C’est le cœur du débat entre Dominique et les invités.
Dominique défend l’idée que l’entrepreneuriat est une pulsion, une rage, une frustration créative impossible à enseigner. Pour lui, on peut apprendre à être un bon gestionnaire, mais pas à être entrepreneur.
Michel et Tracy-Anne nuancent : s’il est vrai que la flamme ne s’enseigne pas, les compétences, elles, s’acquièrent.
Comprendre ses chiffres, apprendre à déléguer, bâtir une équipe, lire un bilan ou affronter un échec : ce sont des savoir-faire essentiels pour transformer une idée en entreprise durable.
« On n’enseigne pas à rêver. Mais on enseigne à exécuter son rêve sans se brûler. » — Tracy-Anne Power
À l’École des entrepreneurs du Québec, pas de bancs d’école ni d’examens.
On y parle de mentorat, de coaching, de communautés de pairs et d’apprentissage par l’action.
Les parcours sont flexibles, adaptés aux besoins de chacun — du jeune entrepreneur à la relève d’entreprise, en passant par les “flexipreneurs” qui lancent une entreprise en parallèle à un emploi.
Un témoignage inspirant vient illustrer cette approche : celui de Catherine Métivier, cofondatrice d’Atelier B, accompagnée depuis 15 ans par son coach André Ménard. Ensemble, ils ont franchi les étapes clés de la croissance, en passant du salon de Verdun à une boutique emblématique sur le boulevard Saint-Laurent.
Malgré l’incertitude économique, la hausse des taux d’intérêt et la fatigue généralisée, les invités sont unanimes : 2025 est un moment idéal pour entreprendre.
Les crises créent des opportunités, et la société a besoin de plus d’entrepreneurs pour régler ses problèmes — pas seulement des startups technos, mais aussi des projets humains, durables et ancrés localement.
« On ne devrait jamais gaspiller une bonne crise. » — Winston Churchill, cité par Dominique
Les discussions abordent aussi le rôle du gouvernement, la santé mentale des entrepreneurs, la chute du nombre de fondateurs et l’importance des groupes de soutien entre pairs.
L’ÉEQ agit comme un catalyseur dans ce tissu social : un lieu d’écoute, d’apprentissage et de remise en question, où l’on trouve des outils, des mentors et surtout une communauté.
« L’entrepreneur se sent souvent seul. Notre rôle, c’est de lui rappeler qu’il ne l’est pas. » — Michel Fortin
L’épisode se conclut sur une vérité simple : on ne fabrique pas un entrepreneur, on l’aide à se développer.
L’ÉEQ n’enseigne pas la flamme — elle lui donne de l’oxygène.
Et dans un Québec qui a plus que jamais besoin d’initiatives, de solutions et de courage, ce rôle n’a jamais été aussi essentiel.