Dans ce nouvel épisode des Dérangeants, produit en collaboration avec QuébecTech, Étienne Crevier reçoit Laurent Dallaire, cofondateur d’Inodal, une startup de Québec qui s’attaque à un ennemi invisible mais redoutable : la listeria.
L’histoire d’Inodal commence loin des laboratoires ultramodernes. Deux étudiants de l’Université Laval, passionnés de biotechnologie, tombent sur une idée un peu folle : utiliser des peptides naturels pour éliminer les bactéries pathogènes sans altérer la qualité des aliments.
Quelques années, des brevets et plusieurs nuits blanches plus tard, leur technologie pourrait bien changer la façon dont le monde assure la sécurité alimentaire.
« On ne voulait pas juste inventer un ingrédient. On voulait bâtir une industrie qui n’existait pas encore au Québec. » — Laurent Dallaire
Ce qui impressionne dans le parcours de Laurent, c’est la lucidité et la ténacité derrière l’innovation.
À peine diplômés, lui et son cofondateur François, décident de se lancer. Ils négocient la licence de leur brevet avec l’Université Laval, montent un plan d’affaires… et convainquent l’institution de leur faire confiance plutôt qu’à un compétiteur plus expérimenté.
Un pari risqué, mais gagnant : Inodal naît officiellement avec pour mission de transformer les découvertes académiques en solutions industrielles concrètes.
L’obtention des approbations de Santé Canada et de la FDA a marqué un tournant décisif pour Inodal.
Grâce à ces validations, leur technologie peut être utilisée dans les usines agroalimentaires des États-Unis, le plus grand marché au monde pour ce type d’innovation.
Leur secret ? Une protéine antimicrobienne qui élimine la listeria sans apparaître sur la liste d’ingrédients.
Autrement dit : une solution naturelle, invisible pour le consommateur, mais redoutable pour les bactéries.
« Pour l’industrie, c’est un game changer. On passe de milliers de compétiteurs à cinq dans le monde avec ce statut réglementaire. »
Avant de séduire les grands marchés, Inodal a dû convaincre les premiers transformateurs alimentaires. Et parfois, littéralement, frapper aux portes.
Laurent raconte avec humour comment ils se sont rendus en Gaspésie pour présenter leur produit directement aux usines.
Leur premier client ? Un transformateur de fruits de mer convaincu dès la première démo. Ce partenariat est devenu la vitrine technologique qui leur a ouvert toutes les autres portes.
Alors que la plupart des startups biotech lèvent des millions en capital de risque, Inodal a choisi une autre voie : faire financer sa R&D par ses clients.
Leur modèle, surnommé par Étienne « un Kickstarter B2B », consiste à faire contribuer les clients au développement du produit en échange d’un droit d’usage prioritaire.
Résultat : une entreprise toujours indépendante et sans dilution.
« Si ton client est prêt à payer pour ton prototype, c’est qu’il y a un vrai besoin. »
Pour Laurent Dallaire, le succès d’Inodal dépasse le simple objectif commercial.
Il veut que le Québec devienne un hub de biotechnologie appliquée, capable de transformer les découvertes scientifiques en innovations concrètes.
Déjà, Inodal embauche plusieurs stagiaires en biotechnologie et collabore avec l’Université Laval et McGill pour développer de nouvelles générations d’agents antimicrobiens contre d’autres pathogènes, comme la salmonelle ou E. coli.
« Je veux créer ici ce que moi je n’ai pas trouvé quand j’étais étudiant. »
Cet épisode des Dérangeants explore tout ce qu’il faut pour bâtir une startup biotech : la passion, la résilience, la réglementation, et l’audace d’aller cogner à la bonne porte.
C’est une histoire d’innovation, de courage et de vision — racontée avec humilité et humour.