ÉPISODE 47

20 Oct 2025

#168 – Mechasys | Éclairer l’avenir de la construction

Mechasys : quand le laser, le 3D et l’audace réinventent le chantier

Imaginez un chantier où les plans ne se lisent plus sur papier, mais se projettent directement sur le sol en faisceaux lumineux. Les murs, les fenêtres, les conduits apparaissent en grandeur nature, comme dans un film de science-fiction. Ce qui semblait digne de Star Wars est désormais réalité — grâce à Mechasys, une startup montréalaise qui fait entrer la construction dans une nouvelle ère.

Dans cet épisode des Dérangeants, produit en collaboration avec QuébecTech, Étienne Crevier reçoit William St-Pierre, PDG et fondateur de Mechasys. Ensemble, ils décortiquent le parcours d’une entreprise qui a su transformer un simple problème de chantier en une révolution technologique mondiale.


D’une idée d’étudiant à une vision laser

L’aventure de Mechasys commence dans un garage, comme beaucoup de grandes innovations. À l’origine, William et ses cofondateurs ne cherchaient pas à révolutionner la construction : ils travaillaient sur des projets d’impression 3D. Mais une conversation anodine sur les erreurs fréquentes sur les chantiers les amène à une idée simple : et si on projetait les plans directement sur le sol ?

Cette question déclenche un pivot stratégique majeur. L’équipe abandonne le 3D printing pour se consacrer à la projection laser de précision. Un pari risqué, mais visionnaire.

« On s’est dit : fuck it, on y va. Et c’est ce qui a tout changé », confie William.


Cinq ans de R&D pour atteindre la perfection

Transformer un concept en produit concret, surtout dans le secteur de la construction, relève du marathon. Pendant cinq ans, Mechasys a perfectionné sa technologie : calibration, projection, résistance aux conditions de chantier, intégration 3D… rien n’a été laissé au hasard.

Le résultat : un projecteur capable d’afficher au sol les plans d’architecture à l’échelle 1:1, avec une précision millimétrique. Fini les erreurs d’alignement ou les calculs à la main — le chantier devient un tableau lumineux où chaque détail prend vie.

Mais ce succès technologique a un prix : années de R&D, nuits blanches et capital de risque. L’équipe a dû apprendre à vendre sa vision à des investisseurs parfois frileux, tout en convainquant des clients de croire à un produit encore en développement.


Les clients comme investisseurs

Parmi les paris audacieux de William, un se démarque : offrir des actions de l’entreprise à ses clients.

« Si nos clients deviennent nos investisseurs, ils deviennent nos meilleurs ambassadeurs », explique-t-il.

Cette approche transforme la relation commerciale : les entrepreneurs du bâtiment deviennent des partenaires de croissance. Ils testent, critiquent, améliorent le produit — tout en ayant un intérêt direct à son succès. Une innovation aussi humaine que technologique.


Le passage au stade supérieur

Après des années de tests, Mechasys est entrée dans sa phase de scale-up. Soutenue par le programme Stade V et plusieurs fonds de capital de risque, la startup s’attaque maintenant à l’international.
Des projets pilotes sont en cours en Europe, en Asie et aux États-Unis, portés par un réseau de distributeurs et de partenaires stratégiques.

Malgré cette expansion rapide, William garde les deux pieds bien sur terre — ou plutôt sur le chantier. Il veut que Mechasys reste fidèle à sa mission : simplifier la vie des travailleurs, réduire les erreurs, et rendre la construction plus productive et durable.


Innover dans une industrie qui n’aime pas le changement

L’un des fils conducteurs de cet épisode est la difficulté d’innover dans une industrie aussi conservatrice que la construction. Convaincre des entrepreneurs, ingénieurs et architectes d’adopter une technologie radicalement nouvelle n’a rien d’évident.

« On pense souvent que l’innovation, c’est avoir une bonne idée. Mais en réalité, c’est convaincre les autres d’y croire autant que toi. »

Cet épisode illustre parfaitement cette tension entre vision et pragmatisme, audace et patience.


Un épisode lumineux, au propre comme au figuré

Entre anecdotes techniques, réflexions sur le financement et confidences sur les moments de doute, cette conversation entre Étienne Crevier et William St-Pierre éclaire — littéralement — le parcours d’un innovateur québécois qui n’a pas peur de bousculer les conventions.

C’est une discussion sur le courage d’assumer un pivot, la résilience nécessaire pour durer, et la lucidité qu’il faut pour transformer une vision en entreprise mondiale.

Dérangeants participants