ÉPISODE 02

28 Oct 2025

#171 – Marc Dutil | L’entrepreneur, le père et le président

Marc Dutil : entre héritage, innovation et leadership lucide

Dans le dernier épisode des Dérangeants, Dominic Gagnon et Farnel Fleurant reçoivent une figure incontournable de l’entrepreneuriat québécois : Marc Dutil, président du Groupe Canam et fondateur de l’École d’entrepreneurship de Beauce (EEB).
Un nom qui résonne dans l’écosystème d’affaires depuis des décennies, non seulement pour la réussite industrielle du groupe familial, mais aussi pour la philosophie humaine et lucide que Marc incarne.

Cet épisode est bien plus qu’une discussion d’affaires : c’est une plongée dans la tête d’un bâtisseur moderne, à la fois technologue, humaniste et pédagogue.


Un entrepreneur façonné par la curiosité

Marc Dutil a grandi dans un univers d’entrepreneuriat bien avant d’en faire un métier. Héritier d’une entreprise familiale, il aurait pu simplement suivre le chemin tracé. Mais dès le départ, il s’est démarqué par une curiosité insatiable pour la technologie et l’humain.

Il raconte sa découverte de l’informatique dans les années 80, une passion qui ne l’a jamais quitté. Loin d’être un simple intérêt geek, c’était pour lui un outil de transformation : une manière de mieux comprendre les systèmes, de prévoir les changements, de connecter les gens et les idées.

« L’informatique, ce n’est pas juste des machines. C’est une façon de penser, une manière d’apprendre à structurer le monde. »

Cette approche le mènera à diriger le Groupe Canam avec un regard nouveau — alliant la tradition manufacturière à l’innovation technologique.


De Canam à la Beauce : un leadership enraciné

Quand Marc Dutil accède à la présidence de Canam, il hérite d’un géant industriel déjà bien établi. Mais il comprend vite qu’être à la tête d’une grande entreprise, ce n’est pas seulement produire de l’acier : c’est fabriquer de la confiance et de la culture.

Sous sa direction, Canam s’est modernisée, a traversé des crises, mais a surtout conservé son âme entrepreneuriale. Marc le répète souvent : la Beauce n’est pas qu’un territoire économique, c’est un état d’esprit.
C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à fonder l’École d’entrepreneurship de Beauce, un lieu unique où des dirigeants viennent se former, non pas à la théorie, mais à la pratique du leadership et à la connaissance de soi.

« On ne forme pas des entrepreneurs à coups de PowerPoint. On les forme en les confrontant à eux-mêmes. »


L’intelligence artificielle… avant la mode

Bien avant que l’IA devienne un mot à la mode, Marc s’y intéressait déjà. Dans l’épisode, il partage sa fascination pour les systèmes intelligents et leur capacité à révéler nos propres limites humaines.

Mais loin de tomber dans le techno-optimisme aveugle, il garde un regard critique : l’intelligence artificielle, dit-il, ne remplacera jamais la sagesse, ni la relation authentique.
Pour lui, le vrai enjeu n’est pas de rendre les machines plus intelligentes, mais de rendre les humains plus conscients.

« La technologie amplifie tout : le meilleur comme le pire. Alors la question, c’est pas ce qu’elle peut faire, mais ce que nous, on veut en faire. »


Échecs, transmission et… chats et chiens

L’un des moments les plus marquants de l’épisode, c’est quand Marc parle d’échec.
Pas comme d’un accident à éviter, mais comme un passage nécessaire à tout parcours de croissance.

Il partage avec franchise ses propres revers, ses remises en question, et ce qu’ils lui ont appris : l’humilité, la patience et l’importance de se relever plus fort.
Et puis, dans un détour typiquement « Dutil », il enchaîne avec une réflexion sur l’éducation parentale, où il compare la parentalité à la relation entre… chats et chiens.

« Élever des enfants, c’est comme avoir un chat et un chien : faut pas s’attendre qu’ils réagissent pareil. Ton rôle, c’est de comprendre leur nature et de les aimer comme ils sont. »

Derrière l’humour, une métaphore puissante sur la diversité, la bienveillance et la responsabilité de transmission — des valeurs qu’il applique autant à sa famille qu’à ses entreprises.


Une voix pour l’avenir entrepreneurial du Québec

Ce qui ressort le plus de cet échange, c’est la lucidité tranquille de Marc Dutil.
Il ne vend pas du rêve entrepreneurial. Il parle de travail, de résilience, de solitude parfois, mais aussi de joie, de sens et de continuité.

Son message est clair : le Québec a besoin d’entrepreneurs qui pensent plus loin que la réussite personnelle. Des bâtisseurs qui créent des ponts, pas des tours d’ivoire.

« L’entrepreneuriat, c’est pas juste faire de l’argent. C’est faire en sorte que le monde fonctionne un peu mieux après toi. »

Dérangeants participants