ÉPISODE 03

4 Nov 2025

#172 – Aude Giguère | Passer le flambeau, sans brûler la relève

Aude Giguère

Reprendre le flambeau sans se brûler : l’histoire inspirante d’Aude Giguère et la relève de Félix Compounds

Il y a des histoires d’entreprises qui se transmettent comme on lègue un patrimoine vivant.
Pas juste des murs, des machines ou un logo — mais une mission, une équipe, un sens.
C’est celle d’Aude Giguère, présidente de Félix Compounds, une entreprise familiale spécialisée dans la fabrication de composés plastiques sur mesure, qui a choisi de dire non aux géants américains… et oui à la relève québécoise.

Dans cet épisode enregistré devant public lors du Forum Entreprendre autrement de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Les Dérangeants explorent un sujet brûlant dans l’écosystème entrepreneurial : le repreneuriat.
Car oui, des milliers d’entreprises québécoises chercheront bientôt leur prochaine génération de dirigeants. Et derrière chaque transfert réussi, il y a un mélange d’audace, d’humilité et de courage.


De l’écologie au plastique : un parcours inattendu

Quand on découvre qu’Aude a étudié en écologie avant de reprendre l’entreprise familiale de plastique, le contraste surprend.
Mais c’est justement ce décalage qui rend son parcours unique.

« Je voulais sauver le monde… et je me suis retrouvée à faire du plastique. Mais du plastique local, recyclable, au service des entreprises d’ici. »

En intégrant Félix Compounds par hasard — pour un contrat temporaire —, Aude découvre l’humain derrière la production, l’esprit d’équipe, et surtout une mission bien ancrée : offrir des produits sur mesure à des entreprises d’ici, avec une approche responsable.

Puis, un jour, les offres américaines arrivent.
Et c’est là que tout bascule :

« Je sentais au fond de moi que je voulais que ça reste au Québec. Que notre équipe demeure. Que notre mission survive. »

C’est ce moment charnière qui a fait naître une conviction : si je ne suis pas encore la personne idéale pour reprendre l’entreprise, je vais le devenir.


L’humilité au cœur du repreneuriat

À ses côtés, Sokkarim You du Fonds de solidarité FTQ, apporte un regard lucide sur les enjeux humains derrière chaque reprise d’entreprise.

« On croit souvent qu’une relève familiale, c’est plus facile. Mais la réalité, c’est que les liens de sang rendent parfois les discussions plus difficiles. »

Entre la valeur de l’entreprise, le prix de vente, les émotions et les héritages, le repreneuriat familial est un terrain miné où les tabous peuvent exploser les soupers de Noël.
Son conseil : préparer, structurer, documenter et s’entourer.
Parce qu’au-delà des chiffres, il y a des dynamiques humaines à préserver.


De l’imposteur à la leader assumée

Aude le dit avec une sincérité désarmante : elle ne savait pas comment reprendre l’entreprise.
Mais elle a appris — parfois à la dure.

« J’ai eu des coachs qui voulaient me changer. Qui trouvaient que j’étais trop colorée, trop jeune, trop différente. »

C’est à l’École d’entrepreneurship de Beauce qu’elle trouve finalement sa voie : celle de l’acceptation.
Assumer son style de leadership — plus collaboratif, plus humain, plus responsabilisant — lui a permis de bâtir un climat de confiance et de transformation durable.

« Le jour où j’ai eu confiance que j’étais la bonne personne pour mener Félix Compounds, les autres ont pu y croire aussi. »


Et après ?

La boucle n’est pas bouclée : Aude pense déjà à la relève… la sienne.
Son fils de 15 ans hésite entre le doublage et l’entrepreneuriat — un dilemme qui fait sourire.

« Fais attention à tes rêves, disait ma grand-mère. Parce qu’ils pourraient bien se réaliser. »

Une phrase simple, mais puissante, qui résume bien l’esprit de ce passage de témoin :
reprendre, c’est avant tout continuer à rêver — mais pour plus grand que soi.

Dérangeants participants