Dans cet épisode riche et profondément humain du podcast Les Dérangeants, Farnel reçoit Géraldine Martin, PDG d’Evol — l’organisation québécoise dédiée au financement et à l’accompagnement des entreprises issues de clientèles sous-valorisées. À travers une conversation sincère, Géraldine dévoile son parcours atypique, ses engagements et les épreuves qui ont façonné sa vision de l’entrepreneuriat et du leadership.
Née en banlieue parisienne, Géraldine Martin mène des études en finance sans réelle conviction. Entourée d’amis qui partent à Londres ou New York pour faire carrière dans l’analyse financière, elle ressent plutôt un appel différent : l’envie de créer, de raconter, de bâtir autrement. Une opportunité inespérée chez Bloomberg Paris devient un véritable déclic. Elle découvre les médias économiques, un monde où ses compétences financières se mêlent à un désir profond de communication.
C’est pourtant un choix audacieux — celui d’immigrer au Québec — qui donne un tournant décisif à sa vie. Armée d’un visa obtenu presque par surprise et du numéro de téléphone d’un inconnu québécois rencontré par hasard à Paris, Géraldine se lance. Quelques semaines seulement après son arrivée, deux rédacteurs en chef lui ouvrent leur porte. Elle décroche ses premières piges au Journal des Affaires et amorce sa carrière en journalisme économique.
Son expérience chez Bloomberg lui sert de tremplin pour RDI Économie. Elle débute comme recherchiste, puis suit un parcours atypique grâce à son expertise financière : elle passe son examen de la Commission des valeurs mobilières du Québec… et se retrouve en ondes le soir même. Géraldine couvre des entreprises majeures, réalise des entrevues marquantes, et même assiste à l’assemblée annuelle de Berkshire Hathaway, à quelques pas de Warren Buffett.
Mais au-delà des grands noms, ce sont les rencontres humaines qui la marquent : dirigeants inspirants, entrepreneurs passionnés, femmes visionnaires, artisans de régions éloignées. C’est ce lien authentique avec les gens d’affaires qui guidera la suite de sa trajectoire.
Lorsqu’elle revient au Journal des Affaires, Géraldine gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir la première rédactrice en chef de l’histoire du média. Elle ne réalise l’importance de cette nomination qu’au moment où des femmes de tous horizons — entrepreneures, gestionnaires, dirigeantes — se tournent vers elle pour demander : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait pour changer les choses ? »
Cette prise de conscience l’amène à développer une série éditoriale sur l’entrepreneuriat féminin, à placer davantage de femmes en une du journal et à donner une voix à celles trop souvent oubliées dans le récit économique.
La conversation prend ensuite une dimension intime lorsque Géraldine parle ouvertement de son combat contre le cancer du sein. Une opération, puis une récidive un an plus tard, suivies de complications chirurgicales et d’une fatigue extrême liée à la COVID longue. Elle raconte la peur, la vulnérabilité, mais aussi la reconstruction — physique, mentale et émotionnelle.
Cette période lui apprend la résilience, mais surtout l’importance de ralentir, d’écouter son corps et de prioriser ce qui compte réellement. Ces apprentissages influencent aujourd’hui sa manière de diriger : plus humaine, plus empathique, plus consciente des réalités individuelles.
Installée une partie du temps à Lac-Mégantic avec son conjoint, ancien directeur du bureau de reconstruction de la ville après la tragédie ferroviaire, Géraldine s’implique dans des projets culturels locaux. Ensemble, ils transforment une petite chapelle en salle de spectacle… puis créent un festival qui attire aujourd’hui plus de 8000 personnes par été. Un exemple puissant de la manière dont la culture peut rassembler, guérir et revitaliser une communauté.
À la tête d’Evol, Géraldine poursuit un objectif clair : soutenir les entrepreneurs issus de clientèles sous-valorisées — femmes, personnes immigrantes, personnes racisées, entrepreneurs autochtones, personnes LGBTQ+, etc. Evol va plus loin que le financement traditionnel en intégrant un modèle unique basé sur le développement durable : plus une entreprise progresse en responsabilité sociale et environnementale, plus son taux d’intérêt diminue.
Pour Géraldine, chaque prêt est une opportunité de transformer la société, une entreprise à la fois. Et après 30 ans d’histoire, le bilan est éloquent : près de 100 000 entrepreneurs rejoints et un rôle structurant dans l’écosystème québécois.
L’épisode se conclut sur un mot clé : empathie. Pour mieux accompagner, mieux bâtir et mieux entreprendre, il faut savoir écouter, comprendre et accueillir l’autre. C’est ce principe qui guide Géraldine — autant comme dirigeante que comme femme, mère, citoyenne et bâtisseuse d’impact.