ÉPISODE 9

16 Déc 2025

#178 – Maripier Morin – Faut-il se brûler pour être écouté?

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Avec Maripier Morin et le Dr Anthony Gifuni

Et si le vrai courage n’était pas de performer toujours plus, mais d’apprendre à vivre avec ce qui fait mal, sans chercher à le fuir?

Dans cet épisode spécial des Dérangeants, Étienne Crevier reçoit Maripier Morin pour une conversation d’une rare profondeur sur la santé mentale, la dépendance, le deuil et la reconstruction. L’épisode devient ensuite hybride avec l’intervention du Dr Anthony Gifuni, médecin psychiatre et chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, afin de comprendre ce qui se passe réellement dans le cerveau des high achievers.

Un épisode essentiel, qui va au-delà du témoignage pour aborder la science, les mécanismes psychologiques et les enjeux collectifs.


Le sentiment de vide: mettre des mots sur l’indicible

Dès le départ, Maripier Morin nomme une souffrance que plusieurs reconnaissent sans toujours savoir l’exprimer: le sentiment de vide intérieur.
Un vide constant, parfois sourd, parfois envahissant, qui pousse à chercher des solutions rapides pour se remplir — par la performance, la reconnaissance, l’alcool, le travail ou la consommation.

« Le problème, ce n’est pas de vivre le vide. C’est de s’identifier au vide. »

Cette nuance est centrale. Ressentir le vide fait partie de l’expérience humaine. Se définir comme vide devient un piège identitaire qui alimente la souffrance.


Chute, ego et reconstruction: revoir sa définition du succès

Longtemps perçue comme l’incarnation de la réussite — omniprésente dans les médias, sollicitée de toutes parts — Maripier revient avec lucidité sur les mécanismes de validation externe, d’ego blessé et d’autosabotage qui ont contribué à sa chute.

Aujourd’hui, son rapport au travail est radicalement différent:

  • elle choisit moins de projets,

  • elle se questionne constamment sur le pourquoi,

  • elle refuse ce qui nourrit uniquement l’ego au détriment de la santé mentale.

Le paradoxe est frappant:
moins de surperformance, mais plus de stabilité, de paix intérieure… et une carrière durable.


Sobriété et thérapie fermée: arrêter d’agir pour commencer à comprendre

L’épisode aborde sans détour la thérapie fermée, l’arrêt d’agir, la peur de la rechute et la transformation du cercle social qui accompagne la sobriété.

Maripier décrit cette étape comme un moment brutal mais nécessaire:
un espace où il devient impossible de se distraire de soi-même, où l’on doit enfin regarder la souffrance en face.

La sobriété ne se limite pas à arrêter de consommer — elle force aussi à revoir ses relations, ses habitudes et son identité.


Le suicide et le deuil: une douleur sans mode d’emploi

La discussion prend une dimension encore plus intime lorsque Maripier parle du suicide de son frère.
Un deuil complexe, chargé de culpabilité, d’incompréhension et de questions sans réponses.

Plutôt que de rester figée dans l’impuissance, elle choisit de transformer cette douleur en action en devenant porte-parole de l’Institut Douglas, convaincue que la recherche est une clé essentielle pour réduire la souffrance psychologique.

« Mettre de la lumière sur la recherche, c’est une façon de donner un sens à ce que j’ai vécu. »


Le cerveau des high achievers: ce que révèle la science

Avec le Dr Anthony Gifuni, la conversation quitte le terrain de l’émotion pour entrer dans celui de la science.

Parmi les constats marquants:

  • le cerveau humain continue de se développer jusqu’à environ 25 ans,

  • les adolescents et jeunes adultes sont extrêmement sensibles au rejet social,

  • les réseaux sociaux amplifient l’évaluation constante de soi,

  • la réussite publique peut masquer une grande vulnérabilité psychologique.

Les high achievers ne sont pas nécessairement plus solides.
Souvent, leur estime de soi repose sur la performance et le regard des autres — un terrain fragile.


Burnout ou dépression: une distinction essentielle

Le Dr Gifuni rappelle un point clé:

  • le burnout n’est pas un diagnostic psychiatrique,

  • la dépression, oui.

La dépression n’est pas une faiblesse.
C’est parfois le seul mécanisme qu’a le cerveau pour forcer un arrêt lorsque tout le reste a échoué.

Comprendre cette différence permet de mieux reconnaître les signaux, de consulter plus tôt et de réduire la stigmatisation.


Investir en santé mentale: une responsabilité collective

Un chiffre résume l’urgence:

Chaque dollar investi en santé mentale génère environ 9 $ d’économies pour la société.

Le vrai coût, aujourd’hui, c’est de ne rien faire.

Recherche, prévention, accompagnement: soutenir la santé mentale, c’est réduire la souffrance humaine, mais aussi renforcer notre tissu social et économique.

Dérangeants participants