ÉPISODE 13

20 Jan 2026

#182 – Georges Karam – Planifier en pessimiste, rêver en optimiste

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Entrepreneuriat sensible : quand l’intuition et le « prendre soin » deviennent un avantage compétitif

Épisode des Dérangeants avec Joanie Lacroix, fondatrice de Pastel Fluo

On parle souvent d’exécution, de croissance, de performance. Beaucoup moins de sensibilité, d’intuition, de résilience, et de ce que ça veut dire « prendre soin » en affaires. Pourtant, c’est exactement ce qui fait la différence entre une entreprise qui brûle tout le monde, et une entreprise qui dure, qui rallie, qui inspire.

Dans cet épisode des Dérangeants, on reçoit Joanie Lacroix, fondatrice de Pastel Fluo, un écosystème d’impact né d’une quête de sens, de grandes épreuves personnelles, et d’un désir radical de contribuer autrement. Son message est clair : la sensibilité n’est pas un handicap entrepreneurial. Bien utilisée, c’est un super pouvoir.

Pastel Fluo : un écosystème d’impact, pas juste une marque

Pastel Fluo, c’est d’abord une série de documentaires accessibles gratuitement sur tout.tv, construite comme un puzzle de prises de conscience et de solutions concrètes. Santé, éducation, entreprises plus conscientes, gouvernance sans hiérarchie, économie régénérative, transition écologique… Joanie met la lumière sur ce qui fonctionne déjà, sur les modèles émergents, sur les gens qui transforment leur industrie de l’intérieur.

Mais là où son projet devient une entreprise, c’est dans l’après. Parce qu’un documentaire peut inspirer, mais laisse souvent une question : « OK… et maintenant, je fais quoi ? »

Alors Pastel Fluo a ajouté des outils, des formations, des sommets, des conférences, des ateliers. L’inspiration devient action. Et l’action devient un modèle d’affaires capable de financer le projet social, sans dépendre d’un financement traditionnel qui ne « rentre pas dans les cases ».

La quête de sens comme moteur entrepreneurial

Joanie le dit franchement : pendant des années, elle a travaillé fort, tard, beaucoup… parfois pour pousser des projets qui entraient en conflit avec ses valeurs. Le moment charnière arrive quand la question devient impossible à ignorer :

À quoi je donne mon temps, et pourquoi

De là naît une vision : utiliser ses talents à leur plein potentiel, créer un legs, contribuer au vivant, et construire une entreprise alignée, même si le monde des affaires pousse souvent à faire l’inverse.

Et ça touche quelque chose de très actuel : il y a de plus en plus de gens en quête de sens. Tant mieux. Ça force un recalibrage collectif.

Résilience : accueillir l’inconfort au lieu de le fuir

Un des passages les plus forts de l’épisode, c’est la façon dont Joanie parle de résilience. Pas comme un slogan, mais comme une compétence intérieure qui s’apprend.

Sa clé numéro un : se laisser traverser.
On est dans une société qui veut rester dans « l’été » en permanence. On veut éviter l’inconfort. On veut passer vite par-dessus. Mais pour elle, l’hiver intérieur est une période de gestation. Comme une graine sous la neige qui se prépare à renaître.

Résister coûte de l’énergie. Accueillir libère de l’espace.

Et cette posture, en entrepreneuriat, change tout : on prend de meilleures décisions, on règle des tensions avant qu’elles deviennent des conflits, on évite de se construire une prison dorée.

Prendre soin, ce n’est pas ralentir, c’est mieux durer

L’épisode revient souvent sur cette idée : « prendre soin » peut devenir le moteur d’une entreprise, plutôt que la croissance à tout prix.

Prendre soin de soi
Prendre soin de ses collaborateurs
Prendre soin du projet
Prendre soin de la société, du vivant, de la planète

Joanie donne des exemples très concrets :

  • Se créer du recul, par exemple trois jours « dans le bois » chaque trois mois, pour reconnecter à la vision et faire émerger les meilleures idées

  • Protéger son temps, tracer des limites, apprendre à dire non

  • Écouter le corps quand il parle, avant d’être obligé d’arrêter

  • Arrêter de glorifier le « dans le jus » comme badge d’honneur

Son point est simple : si ton entreprise te détruit, ce n’est pas une victoire.

L’intuition : une intelligence de business sous-estimée

Joanie le martèle : l’intuition n’est pas un caprice. C’est une intelligence.

Elle propose une façon très concrète de l’utiliser :
Quand tu as une décision à prendre, projette-toi comme si tu l’avais déjà prise. Puis observe ce qui se passe dans ton corps.

Est-ce que ça s’ouvre, ou est-ce que ça se ferme
Expansion ou contraction
Un oui calme, ou un non serré

Ensuite seulement, tu utilises ta tête pour organiser l’exécution. Dans son approche, la tête n’est pas le pilote. Elle est au service de la direction donnée par l’intuition.

Et c’est loin d’être « ésotérique » : mal écouter son instinct peut coûter des mois, des ressources, de l’argent, des erreurs d’embauche, des projets toxiques.

Prendre trois minutes pour ressentir peut te sauver huit mois de travail.

Leadership conscient : sentir la pièce, nommer les tensions

Autre pépite : le leadership qui commence par la présence.

Joanie raconte des pratiques observées dans des entreprises dites « libérées » ou autogérées :

  • Deux minutes de silence au début des rencontres

  • Un check-in où chacun dépose comment il se sent

  • Un tour de gratitude pour reconnaître le travail

  • Et surtout, la permission de nommer une tension intérieure

Parce qu’une tension, ce n’est pas un problème à cacher. C’est souvent un signal que quelque chose doit évoluer dans l’entreprise.

Et quand une équipe se sent en sécurité, elle se met naturellement à prendre soin du projet. C’est là que le cercle devient vertueux : quand tu prends soin de l’humain, l’humain a envie de prendre soin de l’entreprise.

Un nouveau paradigme : coopération, partage, économie régénérative

Joanie fait aussi un lien puissant avec la nature : la nature fonctionne en coopération. Chaque rôle sert un équilibre global.

Elle évoque la permaculture humaine et ses trois principes :
prendre soin de l’humain
prendre soin de la terre
partager les surplus

Et là, ça frappe : si on appliquait ça à nos entreprises, qu’est-ce qui changerait

Moins d’épuisement, plus de sens. Moins de peur, plus d’engagement. Moins de consommation pour combler le vide, plus de contribution pour nourrir la vie.

Trois actions simples à tester dès cette semaine

Si tu veux passer de l’inspiration à l’action, voici trois gestes faciles à essayer, inspirés de l’épisode.

1) Installe un check-in de 5 minutes en début de meeting

Un tour de table rapide : comment j’arrive, comment je me sens, et ce dont j’ai besoin pour être présent.
Tu vas prévenir des tensions avant qu’elles explosent.

2) Prends une décision avec ton corps, puis valide avec ta tête

Avant de dire oui à un projet, un client, une embauche : projette-toi, ressens, observe ouverture ou fermeture.
Ensuite seulement, fais ton analyse rationnelle.

3) Bloque un moment de recul dans ton calendrier

Même 90 minutes. Pas pour « rattraper du retard ». Pour travailler sur ton entreprise, pas juste dans ton entreprise.
La vision ne se construit pas quand tu es collé sur le feu roulant.

Ce qu’on retient de Joanie Lacroix

L’entrepreneuriat sensible, ce n’est pas être fragile. C’est être lucide, connecté, et capable de construire des entreprises qui donnent envie de contribuer.

Oui, on vit des crises. Mais comme Joanie le dit, quand tout craque, ça ouvre un espace où tout devient possible. Et l’entrepreneuriat, par son agilité, peut devenir un des moteurs les plus puissants pour réinventer la suite.

Si tu veux bâtir une business alignée, humaine, rentable et durable, cet épisode est une écoute essentielle.

Dérangeants participants