Certaines histoires entrepreneuriales dépassent la simple réussite d’affaires.
Elles deviennent des récits de vision, de résilience… et de timing.
Dans cet épisode des Dérangeants, Isabelle Bettez — cofondatrice de la technologie derrière les vélos en libre-service comme BIXI — revient sur un parcours hors norme : créer une entreprise de hard tech au Québec, la faire rayonner à l’international… puis prendre la décision difficile de la vendre.
Une conversation lucide sur l’ambition, le contrôle, l’énergie… et ce que signifie vraiment gagner.
Contrairement à plusieurs startups logicielles, l’entreprise d’Isabelle Bettez évoluait dans le monde exigeant du hardware combiné au software : composants physiques, contraintes climatiques, maintenance, chaîne d’approvisionnement… tout ce qui rend l’innovation plus lente, plus risquée — et infiniment plus coûteuse.
Malgré cela, elle et son frère ont choisi de garder le contrôle, en refusant le capital de risque et en finançant la croissance par les revenus, les dépôts clients et la dette.
Un pari audacieux, mais cohérent avec une conviction profonde : développer l’entreprise selon leur vision, sans compromis.
Quand Montréal lance son système de vélos en libre-service en 2009, le projet semble exploser du jour au lendemain.
La réalité : plus d’une décennie de travail en amont pour bâtir la technologie, sécuriser les paiements en temps réel et rendre possible un réseau fonctionnel en conditions extrêmes.
Le résultat ?
Un service qui transforme la mobilité urbaine, améliore la qualité de vie des citoyens et positionne une entreprise québécoise au cœur d’un mouvement mondial.
Pour Isabelle Bettez, l’échec n’était tout simplement pas une option.
Sa posture : jouer pour gagner, investir 100 % de ce qu’elle possède dans le projet et continuer d’avancer, même lorsque tout semble s’écrouler.
Cette énergie — qu’elle considère comme quelque chose qui se fabrique — devient le véritable carburant de l’entrepreneur : plus déterminant encore que l’argent.
Créer une entreprise technologique internationale tout en élevant des jumeaux :
défi logistique colossal… mais aussi preuve que les modèles traditionnels peuvent être redéfinis.
Face aux préjugés liés au fait d’être une femme en tech, sa réponse reste simple :
un obstacle reste un obstacle — non genré — et une porte fermée mène simplement à la suivante.
Après près de 20 ans de construction, la vente devient inévitable :
consolidation du marché, arrivée de nouveaux joueurs massivement financés et nécessité de jouer la bonne « game » au bon moment.
La décision n’est pas dictée par la peur, mais par le pragmatisme.
Parce qu’en affaires, le timing peut compter autant que la vision.
L’épisode avec Isabelle Bettez pose une question essentielle pour l’écosystème québécois :
peut-on bâtir de grandes entreprises ici… et les garder ?
Au-delà de la réponse, une certitude demeure :
les entrepreneurs qui changent réellement le monde sont ceux qui osent construire dans la complexité, persévérer plus longtemps que les autres… et savoir, un jour, passer le relais.