ÉPISODE 17

17 Fév 2026

#186 – Marc Flood – Le kit de survie des entrepreneurs

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Marc Flood : l’avocat qui ne « tue » pas les deals — il les sécurise

Quand tu es entrepreneur, tu veux bâtir, vendre, livrer. Pas passer ta soirée à débattre d’une « clause alinéa b » avec quelqu’un en cravate qui facture cher de l’heure. Et pourtant, dès que tu touches à de l’investissement, à un term sheet, à une convention d’actionnaires ou à une vente d’entreprise… la réalité te rattrape vite.

Dans l’épisode des Dérangeants avec Marc Flood, avocat en droit des affaires (et habitué des rondes de financement), on lève le rideau sur ce qui se passe vraiment dans les coulisses : les mythes qui circulent, les clauses qui font mal, et les réflexes qui peuvent sauver une jeune pousse… ou la faire dérailler.

« C’est jamais à moi d’essayer de bloquer un deal. » — Marc Flood
Traduction : son rôle, ce n’est pas de casser ton élan. C’est de te dire la vérité upfront pour que tu signes en connaissance de cause.


L’avocat comme « architecte » du deal (pas comme frein à main)

Une idée revient souvent dans la discussion : l’avocat n’est pas le pilote, ni la locomotive. Il n’est pas celui qui vend, qui recrute ou qui exécute au quotidien. Mais dans une transaction, il devient un médiateur stratégique entre l’entrepreneur et « l’autre côté de la clôture » (investisseurs, banquiers, acheteurs).

« L’avocat, c’est l’architecte de chaque deal. »
Dans le sens : il s’assure que la structure tient debout, que les risques sont compris, et que tu ne te fais pas surprendre au pire moment.

Et Marc rappelle un point que beaucoup d’entrepreneurs vivent : l’argent en levée, c’est rarement un luxe.

« L’argent, c’est de l’oxygène. »
Donc oui, tu veux avancer vite. Mais vite et solide.


Crash course : les “légendes urbaines” que Marc démonte (et ce qu’il faut retenir)

1) « Le 50/50 entre cofondateurs, c’est la recette de la faillite »

Verdict de Marc : pas automatiquement.

Le problème n’est pas tant le 50/50… que l’absence de mécanismes quand vient le temps de trancher. Deux personnes égales peuvent très bien fonctionner si elles ont :

  • une gouvernance claire (qui décide quoi, à quel moment),

  • une convention d’actionnaires bien rédigée,

  • des portes de sortie en cas de blocage (deadlock),

  • et une compréhension nette des rôles (qui mène produit, qui mène ventes, etc.).

Autrement dit : si vous êtes incapables de vous entendre dès le départ, ce n’est pas le pourcentage le vrai problème — c’est la dynamique.


2) « J’ai payé mon cousin 500$ pour le prototype… deux ans plus tard je vaux 10M : le code appartient à qui? »

Ici, Marc est très clair : même si la catastrophe n’est pas systématique, c’est un risque réel. Et surtout : c’est le genre de risque qui ressort quand ça compte le plus.

Pourquoi? Parce qu’au moment d’une ronde, les investisseurs veulent être certains que l’entreprise détient clairement :

  • la propriété intellectuelle (code, marque, design, contenus),

  • les droits d’utilisation et de modification,

  • et que rien d’essentiel ne peut être « contesté » plus tard.

Marc insiste : la PI, c’est souvent le cœur de ce que l’investisseur achète.

Réflexe simple à retenir : dès le début, faites signer des cessions de droits (employés, contractuels, cofondateurs). Ce n’est pas sexy. C’est vital.


3) Vesting : « Un fondateur quitte après 6 mois… et se retrouve avec zéro. Normal? »

Marc explique que le vesting (souvent reverse vesting chez les fondateurs) sert à éviter le scénario du “dead equity” : quelqu’un qui conserve un gros pourcentage sans contribuer à la suite.

Le principe : une portion des actions devient « pleinement acquise » avec le temps. Si la personne part trop tôt, une partie peut être rachetée (souvent à faible valeur ou selon une formule prévue).

Ce n’est pas une punition : c’est une façon de protéger l’entreprise, les autres fondateurs… et même les investisseurs qui ne veulent pas se retrouver avec un cap table bloqué par un ex-fondateur.


4) Québec inc vs Canada inc : « Je me suis fait dire que c’était “plus sexy” pour les États-Unis »

Marc nuance beaucoup : dans la plupart des cas, ce n’est pas ça qui fait ou défait une entreprise.

Il mentionne quand même des différences pratiques :

  • au Québec, certains gestes corporatifs peuvent être plus simples (moins de dépôts/formalités dans certains cas),

  • et l’incorporation peut être moins coûteuse.

Bref : ce n’est pas un choix “magique” — c’est un choix de contexte. Et parfois, c’est juste… du marketing de perception.


Term sheet : choisis tes batailles (et comprends ce que tu signes)

Marc ramène une réalité terrain : dans un monde idéal, tu as plusieurs term sheets, et tu peux négocier en jouant l’une contre l’autre. Dans la vraie vie, ce luxe n’existe pas toujours.

Donc la stratégie devient :

  • identifier ce qui est standard (et ne vaut pas une guerre),

  • repérer ce qui est vraiment négociable,

  • et surtout détecter les clauses qui peuvent te hanter pendant des années.


Les « clauses requins » : celles qui font grincer des dents (et pourquoi)

Marc donne plusieurs exemples très concrets de clauses qui deviennent plus fréquentes quand le marché ralentit (quand l’argent est plus rare et que certains investisseurs ont « le gros bout du bâton »).

1) Les clauses de rachat obligatoires (redemption)

Exemple typique : après 5 ans, l’investisseur peut exiger que la compagnie rachète ses actions.
Problème : une startup n’a souvent pas le cash pour ça. Ça peut mettre l’entreprise dans une position intenable.

2) Les préférences de liquidation… surtout avec des multiples

La préférence de liquidation « standard » sert de protection : si ça va mal, l’investisseur récupère son investissement avant les actions ordinaires.

Mais quand tu ajoutes des multiples, ça change la game :

  • au lieu de récupérer 1x, il récupère 2x (ou plus) avant tout le monde.

Marc illustre aussi une version encore plus lourde : récupérer d’abord, puis participer au reste (préférence + participation). Pour les fondateurs, ça peut réduire drastiquement ce qui reste lors d’une vente.

3) Anti-dilution : le standard vs le “full ratchet”

Marc distingue des protections anti-dilution « normales » (souvent weighted average / broad-based) et des versions beaucoup plus agressives comme le full ratchet, particulièrement pénalisant en cas de “down round” (ronde à une valorisation plus basse).


SAFE : rapide, simple… mais pas neutre

Marc parle du SAFE (popularisé par Y Combinator) : un outil qui peut permettre d’investir rapidement, parfois avec une documentation très légère.

Son take-away est nuancé :

  • très intéressant pour l’entreprise (simplicité, vitesse),

  • moins intéressant pour l’investisseur (selon la structure et les protections).

Bref : rapide ne veut pas dire « sans conséquences ». Ça veut dire « à comprendre avant de signer ».


« Les Américains sont plus requins » : vrai ou faux?

Marc et l’animateur reviennent sur cette idée souvent répétée… et la déconstruisent.

Dans son expérience :

  • les investisseurs américains sont souvent très business, orientés vitesse d’exécution,

  • et peuvent être moins lourds sur certaines exigences de gouvernance que ce qu’on imagine.

Moralité : ne juge pas un investisseur à son passeport. Juge-le à son term sheet.


Mini-checklist : quoi sécuriser AVANT de lever (ou de vendre)

Sans tomber dans le juridique lourd, voici les réflexes ultra “terrain” qui ressortent de l’épisode :

  • Cap table propre (qui détient quoi, clairement)

  • Cessions de propriété intellectuelle signées (fondateurs, employés, contractuels)

  • Contrats clés (emploi/mandats, confidentialité, clauses de base)

  • Convention d’actionnaires adaptée (décisions, veto, deadlock, rachat, départ)

  • Préparation à la négo : savoir ce qui est standard vs toxique

  • Clarté sur tes objectifs : contrôle? vitesse? croissance? sortie?

Note : ceci n’est pas un avis juridique — l’idée, c’est de te donner un cadre de réflexion “entrepreneur”.

Dérangeants participants