Dans cet épisode des Dérangeants, on reçoit Sakchin Bessette, cofondateur de Moment Factory — l’une des entreprises créatives les plus influentes à sortir du Québec au cours des 25 dernières années.
Une discussion qui nous ramène aux débuts d’Internet, aux raves clandestines montréalaises et à une époque où personne ne savait vraiment comment créer les expériences immersives qui sont aujourd’hui devenues une industrie mondiale.
Car avant les spectacles pour Madonna, les installations dans des aéroports ou les expériences immersives qui attirent des millions de visiteurs, tout a commencé avec quelques projecteurs, beaucoup d’intuition… et aucune idée claire de comment faire.
Au tournant des années 2000, Montréal vit une effervescence créative unique : la musique électronique explose, les nouveaux médias émergent et une génération d’artistes commence à expérimenter avec le numérique.
C’est dans ce contexte que Sakchin Bessette découvre le VJing : projeter des images et des vidéos dans les clubs et les raves clandestines.
À l’époque, il n’y a pas d’industrie, pas de modèle d’affaires et presque pas d’outils technologiques.
On tourne sur des caméras mini-DV, on monte les vidéos sur ordinateur et on transporte des projecteurs dans les clubs pour mixer l’image en direct avec la musique.
Mais ce qui fascine Sakchin et ses collaborateurs, c’est la réaction immédiate du public.
Voir des milliers de personnes réagir à ce qu’ils créent en temps réel devient le moteur de toute l’aventure.
En 2001, Sakchin Bessette et ses partenaires décident de structurer leur démarche.
Ils créent Moment Factory, avec une idée simple mais ambitieuse : concevoir des expériences immersives dans le monde physique.
À l’époque, la tentation est grande de faire un peu de tout : vidéos, sites web, publicité, clips musicaux.
Mais l’équipe choisit rapidement de se spécialiser.
Au lieu d’être une agence créative de plus, Moment Factory se positionne dans un territoire encore presque inexistant : les expériences immersives à grande échelle.
Comme plusieurs entreprises créatives québécoises, Moment Factory bénéficie au départ de l’écosystème unique créé par le Cirque du Soleil.
Des collaborations avec leurs équipes ouvrent la porte à des projets ambitieux et permettent à Moment Factory d’expérimenter à grande échelle.
Ces collaborations deviennent une véritable école.
L’entreprise apprend à orchestrer des productions complexes où se mêlent :
vidéo
lumière
scénographie
son
architecture
storytelling
Une approche multidisciplinaire qui deviendra la signature de Moment Factory.
Un thème revient souvent dans l’épisode : au début, personne ne savait vraiment comment réaliser ce type de projets.
Mais plutôt que de voir cela comme un obstacle, l’équipe y voit une opportunité.
Plutôt que d’attendre qu’une industrie se structure, ils expérimentent, apprennent et livrent.
Des concerts interactifs aux installations immersives, l’entreprise explore des territoires où les règles n’existent pas encore.
Le résultat : une culture d’entreprise basée sur l’expérimentation et la capacité de livrer, même dans l’incertitude.
Une des qualités que ses partenaires attribuent à Sakchin Bessette est sa capacité à douter constamment.
Mais pour lui, ce doute n’est pas un frein.
C’est un outil.
Son processus créatif ressemble à un entonnoir :
explorer toutes les possibilités
analyser différentes options
converger vers une grande idée
recommencer à explorer à l’intérieur de cette idée
Ce mouvement constant permet d’améliorer les concepts jusqu’à atteindre un niveau d’excellence.
Aujourd’hui, Moment Factory compte près de 450 employés.
Pour maintenir un haut niveau de créativité à cette échelle, l’entreprise a développé plusieurs mécanismes internes.
L’un des plus intéressants est ce qu’ils appellent les “elevation meetings”.
Ces rencontres fonctionnent comme une forme de révision créative entre pairs.
Les directeurs de création se réunissent pour analyser les projets des autres équipes, poser des questions et proposer des améliorations.
Le but n’est pas de juger, mais de renforcer les idées.
Un système qui permet d’éviter que la responsabilité créative repose sur une seule personne.
Depuis quelques années, Moment Factory a également fait évoluer son modèle d’affaires.
En plus de créer des projets pour des clients, l’entreprise développe maintenant ses propres propriétés intellectuelles.
Les parcours immersifs Lumina en sont l’exemple parfait.
Ces expériences nocturnes combinant lumière, projections et storytelling attirent des visiteurs partout dans le monde.
Résultat : des millions de billets vendus et des installations qui deviennent de véritables attractions touristiques.
Un modèle qui permet à l’entreprise de générer des revenus récurrents et de réduire sa dépendance aux projets ponctuels.
Pour Sakchin Bessette, la mission de Moment Factory dépasse la simple création artistique.
Son ambition est de créer des expériences accessibles à tous.
Pas seulement à une élite culturelle.
Dans ses installations, on peut croiser :
des enfants de 5 ans
des couples en rendez-vous
des touristes
des passionnés de technologie
Cette diversité du public est pour lui l’un des plus grands succès de Moment Factory.
L’histoire de Moment Factory rappelle une chose essentielle : les industries les plus intéressantes naissent souvent avant qu’on sache qu’elles existent.
Au départ, il n’y avait ni marché, ni métier, ni structure.
Juste une intuition : utiliser la technologie pour créer des moments d’émerveillement.
Et 25 ans plus tard, cette intuition est devenue une entreprise québécoise qui transforme les lieux iconiques du monde entier.