Dans cet épisode des Dérangeants, on plonge dans l’univers de Vicky Boudreau, entrepreneure derrière BICOM, figure forte des relations publiques, du marketing d’influence et de l’entrepreneuriat féminin au Québec. Son parcours nous amène de Havre-Saint-Pierre à Montréal, des restaurants de fruits de mer aux boardrooms, de la peur de prendre trop de place à la conviction que les femmes en affaires doivent apprendre à dire oui aux bonnes opportunités.
Parce qu’au fond, cet épisode ne parle pas seulement de carrière. Il parle d’ambition, de courage, d’indépendance financière, de visibilité, de pouvoir économique et de cette petite voix qui dit parfois : « Est-ce que je suis vraiment à ma place ici? »
La réponse de Vicky est claire : oui. Mais encore faut-il lever la main.
Vicky Boudreau ne vient pas d’un milieu où les relations publiques étaient une carrière évidente. Elle grandit sur la Côte-Nord, loin des grandes agences, des campagnes d’influence et des cercles d’affaires montréalais. Pourtant, très tôt, elle développe un intérêt pour les gens, l’image, la mode et l’art d’influencer ce qui se passe autour d’elle.
Dans l’épisode, elle raconte une anecdote fondatrice : alors qu’elle est serveuse dans un restaurant de fruits de mer, un client lui lance une blague sur la différence entre un écureuil et un rat. La réponse? Un écureuil, c’est un rat avec une bonne relationniste.
C’est là que quelque chose s’allume.
Elle ne sait pas encore exactement ce que sont les relations publiques, mais elle comprend déjà que l’image, la perception et la manière de raconter une histoire peuvent transformer la façon dont les gens voient une personne, une marque ou une entreprise.
C’est exactement ce qui deviendra le cœur de son métier.
Le parcours entrepreneurial de Vicky Boudreau ne commence pas avec un plan parfaitement défini. Comme plusieurs entrepreneurs, elle avance en disant oui, parfois avant même de savoir comment elle va livrer.
Et c’est peut-être là une des grandes leçons de cet épisode : l’entrepreneuriat n’est pas toujours une question de certitude. C’est souvent une question d’élan.
Vicky explique qu’elle n’aurait probablement pas été une bonne employée, non pas par manque de rigueur, mais parce qu’elle a besoin de créer, de décider, de pousser des idées et de vivre avec les conséquences de ses choix. Elle rappelle aussi que l’entrepreneuriat n’est pas cette grande liberté romantisée qu’on imagine parfois.
Quand on est entrepreneur, tout le monde peut devenir notre boss : les clients, les employés, les investisseurs, la banque, les partenaires. La liberté existe, oui, mais elle vient avec une imputabilité constante.
C’est ce qui rend son parcours avec BICOM aussi intéressant. Elle a bâti une entreprise dans un domaine où la réputation, la confiance, la visibilité et l’exécution sont essentielles. En relations publiques, dire oui ne veut pas dire improviser n’importe comment. Ça veut dire accepter de se mettre en mouvement, apprendre vite, livrer fort et construire sa crédibilité à travers l’action.
Avec son expérience en relations publiques et en communication, Vicky Boudreau s’est naturellement retrouvée au cœur de l’évolution du marketing d’influence. Dans l’épisode, on parle notamment de son rôle dans une plateforme qui cherche à démocratiser l’économie de contenu.
Le marketing d’influence n’est plus seulement une affaire de vedettes web ou de grosses communautés. C’est devenu un véritable écosystème où les marques, les créateurs, les entrepreneurs et les consommateurs se rencontrent autour de la confiance, de la pertinence et de la création de valeur.
Vicky comprend bien cette dynamique parce qu’elle a toujours été, selon ses propres mots, plus à l’aise derrière le rideau. Elle n’a pas nécessairement besoin d’être la personne la plus visible dans la pièce. Elle préfère souvent être celle qui comprend les forces en présence, qui lit la salle, qui connecte les bonnes personnes et qui fait arriver les choses.
C’est une forme d’influence moins bruyante, mais extrêmement puissante.
Dans le monde actuel, où chaque entreprise devient aussi un média, le marketing d’influence oblige les marques à revoir leur rapport à l’attention. Il ne suffit plus d’acheter de la visibilité. Il faut mériter l’intérêt. Il faut créer du contenu qui résonne. Il faut comprendre les communautés.
Et c’est précisément dans cette intersection entre stratégie, image, contenu et affaires que Vicky évolue.
Un des moments les plus forts de l’épisode tourne autour d’une idée à contre-courant : et si on avait trop appris aux femmes à dire non?
Depuis quelques années, on répète beaucoup l’importance de protéger son énergie, de mettre ses limites, de refuser ce qui ne nous convient pas. Et Vicky ne rejette pas complètement cette idée. Dire non peut être nécessaire. Dire non peut être sain. Dire non peut protéger.
Mais elle nuance : à force d’apprendre aux femmes à dire non, est-ce qu’on leur apprend aussi à dire oui aux opportunités qui peuvent transformer leur carrière, leur entreprise ou leur avenir financier?
C’est là que l’épisode devient particulièrement dérangeant.
Vicky observe que dans certains événements d’affaires, de finance ou d’investissement, les femmes sont encore trop peu nombreuses. Pas nécessairement parce qu’elles ne sont pas compétentes. Pas parce qu’elles n’ont pas d’ambition. Mais parfois parce qu’elles ne sont pas dans les mêmes cercles, pas invitées dans les mêmes conversations, ou moins portées à lever la main.
Dans l’entrepreneuriat féminin, la question n’est donc pas seulement de créer plus de programmes ou plus de visibilité. C’est aussi d’apprendre à identifier les bonnes opportunités, à se présenter, à nommer ses ambitions et à prendre sa place sans attendre que quelqu’un vienne nous chercher.
L’épisode aborde aussi un réflexe encore trop présent chez plusieurs femmes en affaires : celui de se sous-estimer.
On donne l’exemple d’un poste qui demande d’être bilingue. Des hommes qui ne parlent pas vraiment anglais vont quand même postuler. Une femme qui a fait une seule erreur dans une phrase risque de se dire qu’elle n’est pas assez bilingue pour appliquer.
Même chose lorsqu’il est question de salaire, de financement ou de prise de parole. Beaucoup de femmes hésitent à demander plus, à se mettre de l’avant ou à affirmer la valeur réelle de leur travail.
Ce n’est pas une question de manque de talent. C’est souvent une question de conditionnement.
Vicky Boudreau ramène ici un point essentiel : le monde ne viendra pas toujours nous chercher dans notre salon. Il faut parfois nommer son projet, demander l’opportunité, entrer dans la salle, poser la question, prendre la parole.
Et oui, ça peut être inconfortable.
Mais c’est souvent dans cet inconfort que se trouve la croissance.
Un autre thème central de l’épisode est l’indépendance financière. Pour Vicky, l’argent n’est pas seulement une question de luxe ou de statut. C’est une question de pouvoir, de sécurité et de liberté.
L’indépendance financière permet de choisir. Elle permet de partir quand une situation ne convient plus. Elle permet de ne pas rester coincée dans une relation, un emploi, un partenariat ou un environnement par manque d’options.
C’est un message particulièrement important dans le contexte de l’entrepreneuriat féminin. Trop souvent, les discussions autour des femmes en affaires sont associées à la mission, à l’impact, à la conciliation, à la communauté. Tous ces sujets sont importants. Mais Vicky rappelle une chose simple : une entreprise doit aussi être capable de créer de la richesse.
Créer de la richesse n’est pas sale. Ce n’est pas égoïste. Ce n’est pas contradictoire avec l’impact.
Au contraire, comme il est dit dans l’épisode, une des meilleures façons de distribuer de la richesse, c’est d’abord d’en créer.
L’épisode ouvre aussi une discussion plus délicate : les concours, fonds et initiatives réservés aux femmes entrepreneures.
Vicky apporte une nuance intéressante. D’un côté, ces initiatives peuvent être nécessaires pour favoriser la découvrabilité. Si les femmes ne sont pas dans les mêmes réseaux, si elles ne jouent pas dans les mêmes cercles, si elles ne sont pas repérées par les investisseurs traditionnels, des critères ciblés peuvent aider à révéler des entreprises qui seraient autrement ignorées.
Mais là où elle soulève un vrai malaise, c’est quand on exige des femmes plus que ce qu’on exige des hommes.
Autrement dit : si on finance des entreprises fondées par des femmes, il ne faut pas automatiquement leur demander de sauver la planète, de régler tous les enjeux sociaux et d’avoir une mission parfaite en plus de bâtir une entreprise rentable.
Les femmes ont aussi le droit de vouloir créer une business solide, profitable et ambitieuse. Point.
Cette réflexion est importante, parce qu’elle remet en question une forme de double standard. On encourage les hommes à bâtir gros, vite et fort. On encourage souvent les femmes à bâtir utile, responsable et parfaitement aligné avec une mission.
Pourquoi ne pourraient-elles pas faire les deux? Ou simplement choisir leur propre modèle?
Comme spécialiste des relations publiques, Vicky comprend mieux que quiconque l’importance de la visibilité. Pourtant, elle reconnaît aussi que se rendre visible vient avec des risques.
Quand une femme PDG prend la parole publiquement, elle s’expose davantage. On juge ce qu’elle dit, comment elle le dit, ce qu’elle porte, son ton, ses choix, parfois même sa famille. La visibilité peut ouvrir des portes, mais elle peut aussi attirer des critiques.
C’est peut-être une des raisons pour lesquelles certaines femmes en affaires hésitent à se mettre de l’avant.
Mais ne pas être visible a aussi un coût.
Si personne ne connaît ton entreprise, ton expertise, tes ambitions ou ton histoire, il devient plus difficile d’obtenir des opportunités, du financement, des clients, des collaborations ou de l’influence.
Les relations publiques ne servent donc pas seulement à faire parler de soi. Elles servent à prendre sa place dans les conversations qui comptent.
Pour Vicky, la réputation se construit dans la cohérence : savoir qui on est, ce qu’on veut porter, ce qu’on accepte, ce qu’on refuse et comment on se présente au monde.
Le message de Vicky n’est pas de dire oui à tout, tout le temps, à n’importe quel prix. Ce serait une mauvaise lecture.
Son message est plutôt d’apprendre à dire oui aux bonnes affaires.
Les bonnes opportunités sont celles qui rapprochent d’un rêve, d’une ambition, d’un objectif ou d’une vision. Elles ne sont pas toujours confortables. Elles ne viennent pas toujours avec un mode d’emploi. Elles peuvent même donner un peu envie de reculer.
Mais elles réveillent quelque chose.
Dire oui aux bonnes opportunités, c’est accepter que la croissance vient souvent avec une part de peur. C’est accepter de ne pas être parfaitement prête. C’est comprendre que la compétence se construit aussi en avançant.
Pour les entrepreneurs, et particulièrement pour les femmes en affaires, cette idée est puissante : il ne faut pas seulement apprendre à se protéger. Il faut aussi apprendre à se propulser.
Cet épisode des Dérangeants avec Vicky Boudreau est une réflexion franche sur l’ambition, la visibilité et le pouvoir économique. À travers son parcours, on comprend que l’entrepreneuriat n’est pas seulement une affaire de stratégie. C’est aussi une affaire de posture.
Prendre sa place, ce n’est pas crier plus fort que les autres. Ce n’est pas jouer un rôle. Ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre.
C’est reconnaître sa valeur.
C’est entrer dans les salles où les décisions se prennent.
C’est parler d’argent sans malaise.
C’est utiliser les relations publiques et le marketing d’influence non pas comme des artifices, mais comme des leviers pour faire connaître des idées, des projets et des entreprises qui méritent d’être vus.
Et surtout, c’est apprendre à dire oui quand une opportunité fait peur, mais qu’elle nous rapproche de la personne qu’on veut devenir.
Parce qu’au final, l’équilibre parfait n’existe peut-être pas.
Mais l’élan, lui, peut tout changer.