ÉPISODE 41

25 Août 2026

#210 – Martin Coulombe – Comment robotiser une PME sans se ruiner?

Martin Coulombe - Osedea - Automatisation et robotisation

Robotisation des PME : le futur est déjà dans nos entreprises

La robotisation des PME n’est plus une idée réservée aux grandes usines automobiles ou aux géants de la technologie. Des robots transportent déjà des marchandises, inspectent des équipements, assistent des employés en restauration et accomplissent des tâches répétitives dans des entreprises bien réelles.

Pourtant, lorsqu’on parle d’automatisation des entreprises, le Québec semble encore hésiter.

Dans cet épisode de Longueur d’avance, Étienne Crevier et Dominique Brown reçoivent Martin Coulombe, fondateur d’Ozeda, pour discuter de productivité au Québec, d’intelligence artificielle et robotique et surtout de la place que pourraient prendre les robots en entreprise au cours des prochaines années.

La question n’est peut-être plus de savoir si les robots vont arriver dans nos entreprises.

C’est plutôt de savoir si nous serons prêts lorsqu’ils seront devenus incontournables.

La robotisation n’est pas aussi futuriste qu’on le pense

Quand on parle de robotique, l’image qui vient rapidement en tête est celle d’un robot humanoïde capable de marcher, parler et effectuer pratiquement toutes les tâches d’un humain.

Mais la réalité actuelle est beaucoup plus concrète.

Un robot n’a pas besoin d’avoir deux bras, deux jambes et un visage pour créer de la valeur dans une entreprise.

Des robots peuvent déjà transporter du matériel dans une usine, effectuer des rondes d’inspection, détecter des anomalies, déplacer des marchandises ou simplement éviter à un employé de répéter une tâche physique des centaines de fois par jour.

C’est justement là que la robotisation des PME devient intéressante.

Plutôt que d’attendre le robot humanoïde capable de tout faire, une entreprise peut commencer par automatiser une tâche très précise.

Automatiser avant d’être obligé de le faire

L’un des constats importants de l’épisode concerne la façon dont les entreprises abordent l’automatisation.

Trop souvent, elles commencent à regarder les solutions technologiques lorsqu’elles n’ont plus le choix.

Il manque de personnel. Une tâche devient trop coûteuse. La production ne suit plus. Un problème opérationnel devient urgent.

La robotisation devient alors une solution défensive.

Pour Martin Coulombe, les entreprises auraient plutôt intérêt à réfléchir à l’automatisation des entreprises avant d’être au pied du mur.

Implanter un robot ne se fait pas nécessairement en quelques jours. Il faut choisir la bonne technologie, identifier le bon processus, l’intégrer aux opérations et préparer les employés au changement.

Autrement dit, mieux vaut commencer petit aujourd’hui que devoir transformer complètement ses opérations dans l’urgence demain.

Le vrai problème : automatiser la bonne chose

Automatiser ne signifie pas nécessairement acheter le robot le plus impressionnant sur le marché.

Martin donne une comparaison simple : vouloir commencer son parcours d’automatisation avec un énorme projet, c’est un peu comme décider de courir un marathon demain alors qu’on n’a jamais couru auparavant.

Ça risque de mal finir.

Une meilleure approche consiste à identifier un processus simple, répétitif ou peu valorisant qui pourrait être amélioré.

Un exemple présenté dans l’épisode concerne une entreprise qui doit déplacer environ 500 chariots par jour dans son usine.

Une première solution impliquait des robots spécialisés coûtant des dizaines de milliers de dollars chacun. Une autre approche envisagée consiste plutôt à utiliser une flotte de petits robots équipés de capteurs, de caméras et de lidars.

L’objectif reste le même : déplacer les chariots.

Mais la façon d’y arriver devient beaucoup plus accessible.

C’est aussi ça, l’automatisation des entreprises : ne pas chercher la technologie la plus impressionnante, mais la solution qui répond réellement au problème.

Le robot Spot : bien plus qu’un chien qui fait des vidéos sur Internet

Parmi les exemples abordés dans l’épisode, on retrouve Spot, le célèbre robot à quatre pattes de Boston Dynamics.

On l’a beaucoup vu sur Internet pour ses capacités physiques impressionnantes, mais son utilisation en entreprise est beaucoup plus pragmatique.

Martin Coulombe explique que Spot peut notamment effectuer des rondes d’inspection dans des environnements industriels.

Le robot peut se déplacer de manière autonome, collecter des données, prendre des mesures et détecter certaines anomalies. Il peut notamment contribuer à surveiller la température d’équipements ou identifier des problèmes qui nécessitent l’intervention d’une équipe de maintenance.

Plutôt que de demander constamment à un employé de parcourir une usine pour effectuer les mêmes vérifications, le robot peut prendre en charge une partie de ces tâches.

L’humain peut alors intervenir lorsqu’une décision, une réparation ou une expertise est réellement nécessaire.

C’est une vision des robots en entreprise qui est beaucoup moins spectaculaire qu’un humanoïde… mais probablement beaucoup plus utile à court terme.

Intelligence artificielle et robotique : une combinaison qui change la donne

La robotique existe depuis longtemps.

Ce qui change aujourd’hui, c’est notamment l’arrivée de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle et robotique permettent maintenant de développer des machines capables de mieux comprendre leur environnement et de s’adapter à différentes situations.

Auparavant, un robot devait souvent être programmé pour exécuter des scénarios très précis.

Aujourd’hui, les capteurs, les caméras, les lidars et les modèles d’intelligence artificielle permettent aux robots d’interpréter davantage ce qui se passe autour d’eux.

La façon de les entraîner évolue également.

Martin explique notamment que certains robots peuvent apprendre en observant les mouvements effectués par des humains et en les reproduisant.

Plus ces technologies progressent, plus les robots peuvent accomplir des tâches variées.

Et plus leurs capacités augmentent, plus leur potentiel dans les entreprises devient important.

Est-ce que les robots vont remplacer des emplois?

C’est évidemment l’une des grandes questions entourant la robotisation des PME.

Et Martin Coulombe ne cherche pas à contourner le sujet : lorsqu’on automatise une tâche, on automatise nécessairement quelque chose qui aurait pu être fait par un humain.

Mais cela ne signifie pas automatiquement qu’un employé devient inutile.

Dans plusieurs situations, les robots prennent plutôt en charge des tâches qui sont répétitives, dangereuses, physiquement exigeantes ou simplement jamais réalisées parce que les équipes manquent de temps.

L’objectif peut alors être de déplacer le travail humain vers des activités à plus grande valeur.

Un exemple particulièrement concret est abordé dans l’épisode : celui d’un robot utilisé en restauration pour transporter les assiettes.

Au départ sceptique, une serveuse explique finalement que le robot lui évite de multiplier les allers-retours. Elle termine ses journées moins fatiguée et peut consacrer davantage de temps aux clients.

Le robot ne remplace donc pas nécessairement la serveuse.

Il change la façon dont elle travaille.

La robotisation peut aussi améliorer les conditions de travail

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de la discussion.

On analyse souvent la robotisation uniquement à travers le rendement financier : combien coûte le robot? Combien d’heures permet-il d’économiser? Quel est son retour sur investissement?

Mais l’équation peut être plus large.

Si un robot réduit les déplacements physiques d’un employé, diminue les risques de blessures ou prend en charge une tâche particulièrement pénible, sa valeur ne se trouve pas uniquement dans les heures économisées.

Il peut aussi contribuer à améliorer les conditions de travail.

Dans un contexte où plusieurs entreprises peinent à recruter et à retenir leur personnel, cette dimension devient difficile à ignorer.

La technologie peut donc servir à produire davantage, mais également à mieux utiliser le talent déjà présent dans l’entreprise.

Productivité au Québec : attendre pourrait coûter cher

La productivité au Québec occupe une place importante dans la discussion.

Le constat présenté dans l’épisode est clair : les entreprises québécoises ont encore beaucoup de chemin à faire en matière d’automatisation et de robotisation.

Et plus une entreprise tarde à investir, plus le retard peut devenir difficile à rattraper.

Le problème est particulièrement important lorsqu’on considère que les enjeux de main-d’œuvre ne risquent pas de disparaître du jour au lendemain.

Agriculture, secteur manufacturier, entreposage, entretien, restauration : plusieurs industries peuvent déjà trouver des applications concrètes à la robotique.

La première étape n’est donc pas nécessairement d’acheter un robot.

Elle consiste à être curieux.

Quelles technologies existent déjà? Quelles tâches pourraient être automatisées? Où perd-on du temps? Quelles tâches nos employés détestent-ils faire? Quels processus pourraient être plus efficaces?

Ces questions peuvent être beaucoup plus importantes que le choix du robot lui-même.

Les robots humanoïdes arrivent… mais il ne faut pas les attendre

Les robots humanoïdes occupent évidemment une partie de la conversation.

Martin estime toutefois qu’il reste encore plusieurs défis avant de les voir déployés massivement : sécurité, normes, entretien, infrastructure, partenaires capables de les installer et de les réparer.

Contrairement à un logiciel, un robot existe physiquement.

S’il tombe, brise ou fonctionne mal, les conséquences peuvent être importantes.

Mais cela ne signifie pas qu’une entreprise devrait attendre cinq ans avant de s’intéresser à la robotique.

Au contraire.

Une entreprise qui commence aujourd’hui avec un petit projet développe progressivement les compétences nécessaires pour gérer ces technologies.

Ses employés apprennent à travailler avec des robots. L’organisation développe ses processus. Les équipes comprennent comment intégrer l’automatisation dans leurs opérations.

Lorsque les robots humanoïdes deviendront réellement accessibles, ces entreprises auront déjà plusieurs années d’expérience derrière elles.

IoT, données et robots : vers des usines de plus en plus intelligentes

La robotisation ne fonctionne pas non plus en vase clos.

Les objets connectés, les capteurs et les données peuvent jouer un rôle important dans l’évolution des usines.

Martin présente notamment un projet réalisé avec Kruger où un jumeau numérique d’une usine permet d’utiliser les données provenant des équipements afin de faire des simulations et de détecter certains problèmes en amont.

À terme, ces informations peuvent également être utilisées par les robots.

Un capteur détecte un problème.

La donnée est analysée.

Un robot peut se déplacer vers l’équipement concerné pour effectuer une inspection.

L’intelligence artificielle et robotique ne sont alors plus deux technologies distinctes : elles font partie d’un même écosystème capable de rendre les opérations plus intelligentes.

Commencer petit pour prendre une longueur d’avance

S’il fallait retenir une idée de cet épisode, ce serait probablement celle-ci : il n’est pas nécessaire de transformer complètement son entreprise demain matin.

Il faut commencer quelque part.

Un petit robot pour déplacer du matériel.

Une caméra intelligente pour automatiser le contrôle qualité.

Un système pour effectuer certaines inspections.

Une tâche répétitive qu’un employé n’aura plus besoin de faire manuellement.

La robotisation des PME ne doit pas nécessairement commencer par un investissement spectaculaire.

Elle peut commencer par un problème très simple.

Parce que l’enjeu n’est pas d’avoir le robot le plus impressionnant.

C’est de développer dès maintenant la capacité d’intégrer ces technologies dans nos entreprises.

Et lorsqu’elles deviendront omniprésentes, les organisations qui auront commencé aujourd’hui risquent d’avoir une longueur d’avance.

Et vous, quelle tâche dans votre entreprise aimeriez-vous confier à un robot demain matin?

Découvrez la conversation complète avec Martin Coulombe dans cet épisode de Longueur d’avance, présenté par Les Dérangeants.

Dérangeants participants