ÉPISODE 39

28 Juil 2026

#208 – Coaching entrepreneurial : poser les vraies questions

Christophe Roy et Maxellende Pycke

Pourquoi les meilleurs entrepreneurs choisissent le coaching entrepreneurial

Le coaching entrepreneurial, l’accompagnement des entrepreneurs et le développement entrepreneurial occupent une place de plus en plus importante dans l’écosystème des startups au Québec. Pourtant, plusieurs dirigeants hésitent encore à demander de l’aide, convaincus qu’ils doivent trouver seuls toutes les réponses.

Dans cet épisode des Dérangeants, enregistré en direct du Startupfest à Montréal, Christophe Roy partage son parcours d’entrepreneur technologique aux côtés d’une coach de l’École des entrepreneurs du Québec. Ensemble, ils explorent une question essentielle : qu’est-ce qui distingue un entrepreneur coachable d’un entrepreneur qui s’entête dans la mauvaise direction?

Leur discussion met en lumière une réalité souvent oubliée. Le succès d’une entreprise ne dépend pas uniquement de la qualité de son produit ou de son idée. Il dépend également de la capacité du dirigeant à prendre du recul, à reconnaître ses angles morts et à accepter de remettre certaines décisions en question.

Quand l’entrepreneur devient son propre obstacle

Au début d’une entreprise, il est naturel de vouloir tout contrôler. L’entrepreneur développe son produit, améliore ses services et tente de perfectionner chaque détail.

Cette implication peut cependant devenir un piège. À force de travailler constamment dans l’entreprise, le dirigeant peut perdre la capacité de voir ce qui se passe autour de lui.

Christophe raconte avoir consacré énormément de temps au développement de nouvelles fonctionnalités. Avec son profil technologique, sa réaction naturelle devant un problème était de continuer à bâtir et à améliorer la plateforme.

Il croyait que la prochaine fonctionnalité permettrait d’attirer davantage d’utilisateurs, d’augmenter la rétention et de résoudre les difficultés de l’entreprise.

Le véritable enjeu n’était pourtant plus technologique.

L’entreprise devait développer ses ventes, rencontrer des clients, valider son marché et bâtir une stratégie de commercialisation plus solide. Christophe travaillait donc énormément, mais pas nécessairement sur la priorité qui aurait permis à son entreprise de progresser.

Le coaching entrepreneurial lui a permis de prendre conscience de cette situation et de sortir du cercle vicieux dans lequel il se trouvait.

Être coachable : accepter de ne pas tout savoir

Les entrepreneurs les plus performants ne sont pas nécessairement ceux qui possèdent toutes les réponses.

Ce sont souvent ceux qui acceptent de poser des questions.

Être coachable signifie reconnaître que certaines personnes peuvent voir des éléments que l’on ne remarque plus soi-même. Cela demande une certaine ouverture, mais aussi beaucoup d’humilité.

Un entrepreneur coachable accepte qu’une autre personne puisse remettre en question ses hypothèses, ses priorités ou sa façon de travailler. Il ne considère pas chaque commentaire comme une attaque, mais plutôt comme une occasion d’améliorer ses décisions.

Cette posture ne signifie pas qu’il faut appliquer aveuglément tous les conseils reçus. L’entrepreneur demeure responsable de ses choix. Il doit toutefois être suffisamment ouvert pour analyser les recommandations et considérer différentes perspectives.

Le développement entrepreneurial passe donc autant par l’acquisition de compétences que par la capacité de se remettre en question.

Le rôle d’un coach entrepreneurial

Le coaching est parfois confondu avec la consultation ou le mentorat. Pourtant, ces formes d’accompagnement ne jouent pas exactement le même rôle.

Un consultant peut analyser une problématique et réaliser une partie du travail pour l’entreprise. Un mentor partage généralement son expérience et formule des recommandations basées sur son propre parcours.

Un coach entrepreneurial accompagne plutôt le dirigeant dans sa réflexion. Il pose des questions, propose des exercices et l’aide à comprendre ce qui bloque réellement son entreprise.

Le coach ne prend pas les décisions à la place de l’entrepreneur. Il l’aide à obtenir suffisamment de recul pour prendre de meilleures décisions par lui-même.

L’accompagnement des entrepreneurs peut toucher plusieurs aspects de l’entreprise, notamment les finances, les ventes, le marketing, les opérations ou le positionnement stratégique. Il peut également aborder des enjeux plus personnels, comme la confiance, la gestion du stress ou la capacité à établir des priorités.

Identifier le véritable problème de l’entreprise

Plusieurs entrepreneurs arrivent en coaching avec une idée précise de leur problème.

Ils peuvent croire qu’ils ont besoin de meilleures prévisions financières, d’un nouveau plan marketing ou d’une stratégie de vente plus performante.

Le premier défi consiste toutefois à déterminer si cette problématique est réellement la cause des difficultés ou simplement un symptôme.

Un dirigeant peut penser qu’il manque de visibilité financière alors que son véritable problème est l’absence d’un processus de vente structuré. Une entreprise peut chercher à réduire ses dépenses alors qu’elle devrait d’abord améliorer son acquisition de clients.

Le coach agit alors un peu comme un médecin de l’entreprise. Il écoute les symptômes, pose des questions et tente de comprendre la source du problème avant de proposer des pistes de travail.

Cette étape de diagnostic est particulièrement importante. Un entrepreneur peut investir plusieurs dizaines d’heures dans un projet qui ne répond pas à sa priorité réelle.

Le coaching entrepreneurial permet de remettre les enjeux dans le bon ordre et de concentrer l’énergie du dirigeant sur les actions susceptibles de produire le plus grand impact.

Pourquoi faire des prévisions financières dans une startup?

Les prévisions financières peuvent sembler inutiles dans une jeune entreprise. Les revenus sont incertains, les hypothèses évoluent rapidement et le modèle d’affaires peut encore changer.

Elles demeurent pourtant essentielles.

L’objectif n’est pas de prédire parfaitement l’avenir. Les prévisions financières servent plutôt à structurer les hypothèses et à vérifier si le projet peut devenir viable.

Elles permettent notamment d’évaluer les dépenses nécessaires, la quantité de ventes à réaliser, les marges recherchées et le temps requis avant d’atteindre la rentabilité.

Une prévision peut également révéler qu’un modèle d’affaires doit être ajusté. Si une entreprise découvre qu’elle devra attendre plusieurs années avant d’atteindre son seuil de rentabilité, elle peut revoir son prix, son offre ou sa stratégie de croissance avant d’investir davantage.

Comme un plan marketing ou un plan d’affaires, les prévisions ne sont pas une boule de cristal. Elles offrent un cadre pour réfléchir, prendre des décisions et comparer les résultats réels aux hypothèses de départ.

L’entrepreneuriat est aussi un défi humain

L’entrepreneuriat est souvent abordé sous l’angle de la croissance, du financement et de la performance.

On parle moins souvent de la pression vécue par les dirigeants.

Lorsqu’un entrepreneur investit toute son énergie dans son entreprise, il peut progressivement associer sa valeur personnelle aux résultats de celle-ci. Si l’entreprise va bien, il se sent compétent. Si elle traverse une période difficile, il peut commencer à remettre en question ses propres capacités.

Christophe explique avoir vécu une perte de confiance importante. Ce n’était pas un manque de motivation. Il continuait de travailler intensément, mais la pression commençait à avoir des conséquences sur sa capacité à présenter son projet, à rencontrer des clients et à saisir certaines occasions.

Cette expérience lui a fait comprendre l’importance de distinguer l’entrepreneur de son entreprise.

Une entreprise peut connaître des difficultés sans que son fondateur soit un échec. Un modèle d’affaires peut devoir être modifié sans que cela remette en question la valeur ou les compétences de la personne qui l’a créé.

Le coaching entrepreneurial crée un espace où le dirigeant peut parler ouvertement de ces enjeux. Cet espace de vulnérabilité permet parfois de retrouver la clarté et la confiance nécessaires pour avancer.

Sortir de son sous-sol pour créer des occasions

Les entrepreneurs possédant un profil très technique peuvent facilement consacrer la majorité de leur temps au produit.

Ils développent, testent et améliorent leur solution, avec l’idée qu’un excellent produit finira naturellement par trouver son marché.

Cette approche est souvent résumée par l’expression : « Construisez-le et ils viendront. »

Dans les faits, une entreprise ne peut pas uniquement compter sur la qualité de son produit. Elle doit aussi parler à ses clients, bâtir des relations et créer des occasions.

Christophe explique qu’il a longtemps sous-estimé la valeur de l’écosystème entrepreneurial. Les incubateurs, les accélérateurs, les événements et les programmes de l’École des entrepreneurs du Québec peuvent pourtant ouvrir des portes importantes.

Participer à un événement comme le Startupfest permet de rencontrer des clients, des partenaires, des investisseurs et d’autres entrepreneurs qui vivent des défis semblables.

Chaque conversation ne mène pas nécessairement à une occasion immédiate. Cependant, plus un entrepreneur sort de son environnement habituel, plus il augmente ses chances de trouver la personne ou l’information qui pourrait transformer son entreprise.

La chance joue parfois un rôle en affaires, mais il appartient à l’entrepreneur de créer les conditions qui lui permettront d’être chanceux.

Comment se préparer à une séance de coaching

Un accompagnement entrepreneurial est beaucoup plus efficace lorsque le dirigeant arrive préparé.

Avant une première rencontre, il est utile de faire un portrait honnête de l’entreprise. Le dirigeant peut réfléchir à ses principales difficultés, aux décisions qu’il repousse et aux objectifs qu’il souhaite atteindre.

Il devrait également préparer quelques questions concrètes.

Cette préparation permet au coach de comprendre plus rapidement la situation et de consacrer davantage de temps à la recherche de solutions.

L’honnêteté est également essentielle. Si l’entrepreneur minimise certaines difficultés ou évite volontairement les sujets inconfortables, le diagnostic risque de demeurer incomplet.

Enfin, il doit arriver avec une posture d’ouverture. Le coaching implique d’accepter d’être challengé et de considérer des options qui ne correspondent pas nécessairement à son premier réflexe.

Une séance de deux heures peut sembler courte, mais elle peut provoquer un déclic important si l’entrepreneur est prêt à travailler sur le bon enjeu.

Comment choisir le bon coach entrepreneurial

La relation entre le coach et l’entrepreneur joue un rôle important dans la qualité de l’accompagnement.

Le coach doit comprendre la réalité du dirigeant, mais aussi posséder une expertise pertinente pour la problématique rencontrée. Une personne spécialisée en finance ne sera pas nécessairement la meilleure ressource pour travailler sur une stratégie marketing.

La connexion humaine est également importante. L’entrepreneur doit se sentir suffisamment en confiance pour parler ouvertement de ses difficultés.

Le bon match n’est pas toujours instantané. Quelques rencontres peuvent être nécessaires pour déterminer si la relation fonctionne.

Un bon coach doit également savoir reconnaître ses limites. Lorsque la problématique sort de son champ d’expertise, il devrait être capable de diriger l’entrepreneur vers une autre ressource.

L’École des entrepreneurs du Québec propose notamment différents parcours et un réseau de professionnels pouvant répondre à plusieurs types de besoins, peu importe le stade de développement de l’entreprise.

Le coaching humain face à l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle transforme déjà la façon dont les entrepreneurs travaillent.

Des outils peuvent aider à rédiger un plan d’affaires, créer une stratégie marketing, analyser des données ou réfléchir à différentes options.

Ces outils sont puissants, mais ils ne remplacent pas complètement un accompagnement humain.

Une intelligence artificielle répond principalement aux informations qu’on lui transmet. Si l’entrepreneur pose la mauvaise question ou évite certains éléments, elle risque de renforcer une réflexion déjà biaisée.

Elle peut également adopter un ton très positif et valider une idée sans remettre suffisamment en question les hypothèses de départ.

Un coach humain peut observer le langage non verbal, le niveau de fatigue ou l’inconfort ressenti devant certaines questions. Il peut détecter qu’un entrepreneur évite un sujet ou qu’il tente de résoudre un problème secondaire plutôt que de s’attaquer à la véritable difficulté.

Dans certaines situations, la meilleure recommandation ne sera pas de produire un nouveau document ou de travailler davantage. Ce sera de ralentir, de dormir, de prendre une marche ou de remettre une décision à plus tard.

L’intelligence artificielle peut donc devenir un excellent outil complémentaire, mais l’écoute, l’empathie et l’intuition humaine conservent une valeur importante dans le coaching entrepreneurial.

Faire du coaching une priorité

Les entrepreneurs ont souvent des horaires extrêmement chargés. Ils passent d’une rencontre à l’autre et gèrent constamment des urgences.

Dans ce contexte, prendre deux heures pour réfléchir peut sembler difficile à justifier.

Pourtant, le coaching doit être considéré comme un investissement stratégique. Quelques heures de recul peuvent éviter plusieurs semaines de travail dans la mauvaise direction.

Le meilleur moyen de protéger ce temps consiste à en faire une priorité, au même titre qu’une rencontre avec un client important ou qu’une activité essentielle au bon fonctionnement de l’entreprise.

L’objectif n’est pas nécessairement de ralentir la croissance. Il s’agit plutôt de s’assurer que l’entreprise avance dans la bonne direction.

Ce qu’il faut retenir

L’entrepreneuriat est souvent présenté comme une aventure solitaire menée par des personnes capables de tout accomplir par elles-mêmes.

La réalité est bien différente.

Les entrepreneurs qui progressent le plus rapidement sont souvent ceux qui savent reconnaître leurs limites, utiliser les ressources disponibles et demander de l’aide au bon moment.

Le coaching entrepreneurial n’est pas uniquement destiné aux entreprises en difficulté. Il peut aider un dirigeant à mieux structurer sa croissance, à améliorer ses décisions et à développer de nouvelles compétences.

Que l’entreprise soit une jeune startup du Québec ou une organisation établie depuis plusieurs années, l’accompagnement des entrepreneurs peut contribuer à franchir une nouvelle étape.

Le véritable objectif du coaching n’est pas de construire l’entreprise à la place du dirigeant.

Il consiste à faire grandir l’entrepreneur qui la dirige.

Dérangeants participants