ÉPISODE 36

30 Juin 2026

#205 – Le repreneuriat : l’enjeu dont tout entrepreneur devrait parler aujourd’hui

Géraldine Martin, Alexandre Ollive, Marie-Noël Grenier, David Marchand

Transfert d’entreprise : pourquoi le repreneuriat est un enjeu vital pour le Québec

Le transfert d’entreprise n’est pas seulement une transaction financière. C’est une étape humaine, stratégique et économique qui touche directement l’avenir de nos entreprises d’ici. Dans cet épisode des Dérangeants, enregistré devant public à la Conférence de Montréal, le sujet du repreneuriat au Québec est abordé sous plusieurs angles : la préparation des cédants, la relève entrepreneuriale, l’accompagnement disponible, les risques liés à la vente à des intérêts étrangers et l’importance d’assurer la pérennité des PME.

Parce qu’un jour ou l’autre, chaque entrepreneur devient un cédant. La vraie question n’est donc pas de savoir si on devra un jour penser à céder son entreprise, mais plutôt quand et comment on choisira de s’y préparer.

Le transfert d’entreprise : une étape qui se prépare longtemps d’avance

L’un des grands constats de l’épisode est clair : trop d’entrepreneurs attendent d’être fatigués, essoufflés ou prêts à passer à autre chose avant de réfléchir à la vente ou à la relève de leur entreprise.

Or, à ce moment-là, il est souvent déjà tard.

Le transfert d’entreprise ne devrait pas être perçu comme une fin, mais comme une continuité. C’est une façon de protéger ce qui a été bâti, de préserver les emplois, de garder les expertises au Québec et de permettre à l’entreprise de poursuivre sa croissance sous une nouvelle impulsion.

Planifier tôt permet de mieux structurer la valeur de l’entreprise, d’identifier les bons repreneurs, de préparer les équipes et d’éviter que la transaction soit guidée uniquement par l’urgence ou l’épuisement.

Le repreneuriat au Québec : un levier économique majeur

Le repreneuriat au Québec est bien plus qu’un sujet de succession. C’est un enjeu de souveraineté économique.

Lorsqu’une PME québécoise est bien transférée, elle continue de créer de la richesse ici. Elle maintient ses emplois, son savoir-faire, sa culture et son impact dans sa communauté. À l’inverse, lorsqu’une entreprise ferme ou est vendue sans vision de continuité, c’est une partie du tissu économique local qui s’affaiblit.

Dans l’épisode, le repreneuriat est présenté comme un véritable bouclier économique. Acheter une entreprise existante peut être une avenue aussi ambitieuse que de lancer une startup. Le repreneur n’hérite pas seulement de chiffres, d’actifs ou de contrats : il reprend une histoire, une équipe, une culture et une responsabilité.

Céder son entreprise, ce n’est pas seulement vendre

Un des points les plus forts de la discussion est la dimension humaine du processus. Céder son entreprise, surtout lorsqu’on l’a fondée ou développée pendant plusieurs décennies, peut ressembler à une forme de deuil.

Pour plusieurs entrepreneurs, l’entreprise est une partie de leur identité. Elle représente des années de sacrifices, de décisions difficiles, de fierté et d’attachement. C’est pourquoi le transfert d’entreprise ne peut pas être abordé uniquement à travers une logique de prix.

La relation entre le cédant et le repreneur devient centrale. Il faut de la confiance, de l’écoute, de l’humilité et du respect. Le repreneur doit comprendre ce qui a été bâti avant lui, sans vouloir tout changer trop vite. De son côté, le cédant doit accepter de transmettre, de laisser de la place et de préparer la suite avant d’être forcé de le faire.

La relève entrepreneuriale doit être mieux accompagnée

La relève entrepreneuriale existe au Québec. Les repreneurs sont là. Le défi se situe souvent du côté des entreprises qui ne sont pas encore prêtes à être transférées.

Plusieurs cédants ne connaissent pas la valeur réelle de leur entreprise. D’autres n’ont pas de plan clair, pas de relève identifiée ou pas encore abordé le sujet avec leur équipe. Cette absence de préparation peut ralentir, compliquer ou même faire échouer un transfert.

C’est là que l’accompagnement devient essentiel. Des organismes comme Repreneuriat Québec, Évol et d’autres acteurs de l’écosystème jouent un rôle important pour guider les entrepreneurs, les aider à clarifier leurs options et les soutenir dans les étapes du transfert.

La relève entrepreneuriale ne doit pas être improvisée. Elle doit faire partie de la réflexion stratégique des entreprises, au même titre que la croissance, le financement, l’innovation ou le développement des ventes.

La pérennité des PME passe par la préparation

La pérennité des PME dépend de notre capacité collective à parler plus tôt du transfert d’entreprise.

Pour les entrepreneurs, cela signifie accepter d’ouvrir la conversation avant qu’il soit trop tard. Pour les repreneurs, cela signifie comprendre qu’une entreprise ne se reprend pas uniquement avec du capital, mais avec une vision, des valeurs et une capacité à créer de la confiance. Pour l’écosystème, cela signifie mieux former, mieux sensibiliser et mieux accompagner.

Une entreprise qui survit à son fondateur est une entreprise qui a réellement bâti quelque chose de durable. Elle continue d’avoir un impact, de créer de l’emploi, de transmettre un savoir-faire et de contribuer à son milieu.

Le transfert d’entreprise est donc beaucoup plus qu’une étape de sortie. C’est une étape de transmission.

Reprendre une entreprise, c’est reprendre une culture

Dans le deuxième chapitre de l’épisode, les témoignages de David Marchand, président du Groupe PMI, et de Marie-Noël Grenier, PDG de Jambette, viennent ramener le sujet sur le terrain.

Leur expérience démontre que le repreneuriat est un sport de contact humain. Il faut être capable de composer avec les émotions, les générations, les employés, les fondateurs, les valeurs et les façons de faire déjà en place.

Un repreneur qui arrive avec l’intention de tout changer trop rapidement risque de briser ce qui faisait justement la force de l’entreprise. Avant de transformer, il faut observer, comprendre et respecter.

La culture devient alors un élément central du transfert. Les compétences peuvent s’embaucher, mais les valeurs doivent s’aligner. C’est souvent ce fit humain qui fait la différence entre une transaction réussie et une transition fragile.

Le repreneuriat comme acte de responsabilité

Cet épisode rappelle une idée forte : le repreneuriat n’est pas seulement une opportunité d’affaires. C’est aussi un acte de responsabilité envers les employés, les clients, les régions et l’économie québécoise.

Pour un cédant, préparer son transfert, c’est protéger son héritage.
Pour un repreneur, reprendre une entreprise, c’est accepter de continuer une histoire tout en y ajoutant sa propre vision.
Pour le Québec, favoriser le repreneuriat, c’est préserver nos sièges sociaux, notre propriété intellectuelle, nos emplois et notre capacité à décider de notre avenir économique.

Conclusion : il faut parler de transfert avant qu’il soit trop tard

Le message principal de cet épisode est simple : un transfert d’entreprise réussi ne s’improvise pas.

Il se planifie. Il se discute. Il s’accompagne. Et surtout, il se prépare bien avant que l’entrepreneur soit prêt à quitter.

Le transfert d’entreprise, le repreneuriat au Québec, la relève entrepreneuriale, le fait de céder son entreprise et la pérennité des PME sont des sujets qui doivent sortir du tabou. Parce que derrière chaque entreprise à transmettre, il y a des emplois, une communauté, une culture et une partie de notre économie à préserver.

Pour les entrepreneurs qui écoutent cet épisode, la meilleure chose à faire est peut-être de commencer maintenant : ouvrir la conversation, poser les bonnes questions et s’entourer des bonnes personnes.

Parce qu’une entreprise qui se transmet bien ne marque pas la fin d’une histoire. Elle prouve qu’elle était assez forte pour continuer.

Dérangeants participants