Les entreprises peuvent planifier leurs opérations, leurs investissements et leur croissance. Mais elles ne peuvent pas tout contrôler. Une pandémie. Une tempête. Des feux de forêt. Une mauvaise saison. Une hausse soudaine des coûts. Parfois, quelques événements suffisent pour remettre en question un modèle d’affaires au complet.
C’est là que l’innovation en entreprise prend tout son sens.
Dans ce nouvel épisode de Longueur d’avance, présenté par Les Dérangeants en collaboration avec Vidéotron Affaires, on s’intéresse à la façon dont les entrepreneurs peuvent réagir aux événements qu’ils ne contrôlent pas.
Avec Dominic Gagnon et Yves Daoust, cofondateur de Ferme d’hiver, la discussion touche autant aux changements climatiques et aux entreprises qu’à l’intelligence artificielle en agriculture, à l’agriculture intérieure et à la résilience des entreprises.
Parce qu’au fond, l’objectif n’est peut-être pas de prédire la prochaine crise. C’est de bâtir une entreprise capable de s’adapter lorsqu’elle arrive.
Dominic Gagnon en sait quelque chose.
Lorsque la pandémie frappe, son entreprise évolue dans deux secteurs particulièrement vulnérables : l’événementiel et l’international. Résultat : elle perd 98 % de ses revenus.
La réaction aurait pu être d’attendre le retour à la normale.
L’équipe choisit plutôt de transformer son modèle.
Elle constate que, contrairement aux événements et festivals, certaines attractions extérieures peuvent continuer leurs activités. L’entreprise se tourne alors vers les parcs d’attractions et les parcs aquatiques.
Une partie de l’équipe technique se réunit pour développer rapidement une nouvelle plateforme. Des premiers clients font confiance à l’entreprise alors que le produit est encore en développement.
Cette transformation lui permet finalement de traverser la pandémie.
C’est un exemple concret de résilience des entreprises : lorsque l’environnement change, continuer à appliquer exactement la même recette peut devenir plus risqué que de se réinventer.
Le même raisonnement peut aujourd’hui être appliqué aux changements climatiques.
Dans le secteur des attractions, la météo peut avoir une influence considérable sur les ventes. Une mauvaise prévision suffit parfois à convaincre des milliers de personnes de rester à la maison.
Et les conséquences dépassent largement les parcs aquatiques.
Feux de forêt, inondations, températures extrêmes, sécheresses et événements météorologiques imprévisibles peuvent perturber les déplacements, les opérations et les chaînes d’approvisionnement.
Les changements climatiques et les entreprises ne sont donc plus deux sujets séparés.
Pour les entrepreneurs, la question devient : comment réduire notre exposition à ce qu’on ne contrôle pas?
Une partie de la réponse se trouve dans l’innovation.
Innover ne veut toutefois pas dire réussir chaque fois.
Dominic raconte notamment avoir investi environ un million de dollars dans un projet visant à mieux prédire l’achalandage dans les parcs d’attractions selon différents facteurs, notamment la météo.
Six mois plus tard, le projet est abandonné.
Un million de dollars investi dans une solution qui ne sera finalement pas utilisée.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Grâce aux apprentissages réalisés, l’entreprise réussit ensuite à reconstruire une solution pour une fraction du coût initial en utilisant une technologie d’intelligence artificielle plus avancée.
C’est l’une des réalités de l’innovation en entreprise : un projet qui échoue commercialement peut quand même générer des connaissances qui deviennent extrêmement précieuses pour la suite.
Ne jamais échouer peut aussi vouloir dire qu’on ne prend jamais suffisamment de risques pour découvrir quelque chose de nouveau.
L’entreprise pousse ensuite la réflexion plus loin.
En analysant plusieurs critères en temps réel avec l’intelligence artificielle, elle développe une façon de mieux prévoir l’achalandage des attractions plusieurs jours à l’avance.
Cette information permet notamment de mieux planifier les besoins en personnel et d’utiliser des stratégies de tarification dynamique afin d’influencer l’achalandage.
Le problème initial était pourtant beaucoup plus simple en apparence : combien d’employés faut-il prévoir pour une journée donnée?
Trop peu d’employés et l’expérience client se détériore.
Trop d’employés et les coûts d’exploitation augmentent inutilement.
L’innovation permet ici de transformer une variable difficile à contrôler en information exploitable.
L’entreprise va même jusqu’à développer des produits d’assurance liés aux conditions météorologiques et aux annulations, transformant ainsi un risque en nouvelle source de revenus.
Autrement dit : la contrainte ne disparaît pas nécessairement. Mais le modèle d’affaires devient mieux équipé pour y répondre.
S’il existe un secteur où la météo demeure incontournable, c’est bien l’agriculture.
Quelques jours de pluie, une période de gel inattendue ou une maladie peuvent affecter une récolte entière.
C’est précisément le problème auquel s’attaque Ferme d’hiver.
Après une longue carrière dans le domaine technologique, Yves Daoust revient vers ses racines agricoles avec une ambition particulière : produire des fraises au Québec dans un environnement intérieur contrôlé.
L’idée n’est pas simplement de construire une serre différente.
Il s’agit de repenser la production pour diminuer la dépendance aux saisons et stabiliser davantage la chaîne d’approvisionnement.
L’agriculture intérieure change complètement certaines variables du modèle agricole traditionnel.
À l’extérieur, un producteur dépend du soleil, de la pluie, du vent, de l’humidité et des températures.
À l’intérieur, plusieurs de ces paramètres peuvent être contrôlés.
À quelle heure le « soleil » se lève-t-il?
Quelle doit être l’humidité?
Quelle quantité de lumière doit recevoir le plant?
Quelle température faut-il maintenir?
Quelle fertilisation doit-on utiliser?
Tout devient une donnée potentielle.
Mais cette maîtrise crée aussi un nouveau défi : plus on contrôle de variables, plus le système devient complexe.
C’est justement à cet endroit que l’intelligence artificielle entre en jeu.
Pour Yves Daoust, l’arrivée de l’IA change considérablement le potentiel du modèle.
Un humain peut difficilement analyser simultanément toutes les interactions entre la lumière, la fertilisation, la température, l’humidité, la ventilation, la croissance des plants et les dizaines d’autres paramètres de production.
Une machine, elle, peut analyser ces données continuellement.
Ferme d’hiver travaille donc avec différents modèles d’IA qui peuvent se concentrer sur des variables spécifiques et croiser leurs apprentissages.
Un système peut observer la fertilisation et la réaction du plant. Un autre peut analyser le spectre lumineux. Un autre encore peut étudier l’impact de la ventilation ou des variations de température.
C’est là que l’intelligence artificielle en agriculture devient particulièrement intéressante : elle ne remplace pas simplement une tâche humaine. Elle permet d’analyser un niveau de complexité qui devient extrêmement difficile à gérer manuellement.
L’innovation ne s’arrête pas à la croissance des fraises.
Pour rendre l’agriculture intérieure économiquement viable, il faut également s’attaquer aux deux grands postes de dépenses du modèle : l’énergie et la main-d’œuvre.
Ferme d’hiver explore donc plusieurs avenues technologiques.
Certains modèles d’intelligence artificielle sont utilisés pour mieux comprendre l’organisation du travail et la répartition des tâches. D’autres servent à optimiser la gestion énergétique.
L’entreprise travaille également sur des solutions géothermiques permettant de stocker de la chaleur dans le sol durant l’été afin de pouvoir la récupérer pendant l’hiver.
La robotique représente une autre avenue.
Plusieurs tâches agricoles sont répétitives : couper des feuilles, entretenir les plants ou effectuer certaines manipulations précises. L’intelligence artificielle combinée à des systèmes robotisés pourrait éventuellement automatiser une partie de ces opérations.
Ferme d’hiver ressemble alors de moins en moins à l’image traditionnelle d’une ferme.
Et de plus en plus à une entreprise technologique.
C’est d’ailleurs l’une des questions soulevées pendant l’épisode.
Ferme d’hiver est-elle vraiment une entreprise agricole?
Yves Daoust répond essentiellement qu’il s’agit d’une entreprise technologique qui produit des fraises.
Cette distinction est importante.
Parce qu’en cessant de se définir uniquement par son industrie, une entreprise peut aller chercher des solutions ailleurs.
Technologie.
Intelligence artificielle.
Robotique.
Géothermie.
Recherche universitaire.
Ingénierie.
Électronique.
Toutes ces expertises peuvent contribuer à résoudre un problème agricole.
Et cette façon de réfléchir peut s’appliquer à pratiquement n’importe quelle industrie.
Un autre élément ressort fortement de l’épisode : une PME n’a pas besoin de posséder toutes les expertises à l’interne.
Ferme d’hiver collabore notamment avec des chercheurs, des étudiants, des universités et différents partenaires spécialisés.
Cette approche permet non seulement de développer de nouvelles technologies, mais aussi de contribuer à un écosystème d’innovation québécois.
Des entreprises locales peuvent développer des composantes. Des chercheurs peuvent tester de nouvelles approches. Des entrepreneurs peuvent ensuite transformer ces connaissances en applications commerciales.
L’innovation devient alors collective.
Le Québec possède déjà une expertise importante en intelligence artificielle, en ingénierie, en agriculture et en recherche. Le défi consiste aussi à mieux connecter ces expertises aux problèmes concrets des entreprises.
La grande leçon de cet épisode dépasse donc largement la production de fraises.
La résilience des entreprises ne consiste pas simplement à avoir suffisamment d’argent de côté pour survivre à une crise.
Elle consiste aussi à construire une organisation capable d’apprendre, de tester et de s’adapter.
Une pandémie peut faire disparaître presque tous les revenus d’une entreprise.
La météo peut bouleverser l’achalandage d’un parc aquatique.
Un gel peut compromettre une récolte.
Une nouvelle technologie peut rendre une solution développée quelques années auparavant complètement dépassée.
L’entrepreneur ne contrôle pas ces événements.
Il contrôle toutefois sa capacité à y répondre.
Les entreprises les plus résilientes ne seront probablement pas celles qui réussissent à prévoir parfaitement le prochain bouleversement.
Ce seront celles qui auront développé les réflexes nécessaires pour réagir rapidement lorsqu’il arrivera.
C’est là toute la force de l’innovation en entreprise.
Une contrainte peut devenir le point de départ d’un nouveau produit.
Un problème client peut révéler un nouveau marché.
Une dépense importante peut pousser une équipe à développer sa propre technologie.
Et une industrie réputée traditionnelle comme l’agriculture peut devenir un terrain d’expérimentation pour l’intelligence artificielle, la robotique et la gestion énergétique.
L’histoire de Ferme d’hiver montre aussi qu’il est possible de développer ces innovations ici, en collaborant avec les talents et les organisations du Québec.
Les changements climatiques, l’intelligence artificielle, la pénurie de main-d’œuvre et les bouleversements économiques vont continuer de transformer les entreprises.
Impossible de savoir exactement quelle sera la prochaine contrainte.
Mais une chose est certaine : rester immobile n’élimine pas le risque.
Dans cet épisode de Longueur d’avance, Dominic Gagnon et Yves Daoust montrent deux façons différentes d’arriver à la même conclusion : lorsqu’un élément extérieur bouleverse les règles du jeu, l’innovation permet de reprendre une partie du contrôle.
Et parfois, c’est précisément dans les problèmes les plus complexes que se cachent les meilleures occasions d’affaires.
Découvrez l’épisode complet de Longueur d’avance pour comprendre comment l’innovation, l’intelligence artificielle et la technologie peuvent aider les entreprises québécoises à devenir plus résilientes face aux changements qui redéfinissent leur industrie.